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SUJET : Zola, L'Assommoir, Chapitre 8 | Commentaires composés | Emile Zola | Roman - cycle des Rougon-Macquart

Commentaires composés | Emile Zola | Roman - cycle des Rougon-Macquart

Zola, L'Assommoir, Chapitre 8

Émile Zola, L’Assommoir, chapitre VIII.

 

Ainsi, vers les premiers jours de novembre, Coupeau tira une bordée qui finit d'une façon tout à fait sale pour lui et pour les autres. La veille, il avait trouvé de l'ouvrage. Lantier, cette fois-là, était plein de beaux sentiments ; il prêchait le travail, attendu que le travail ennoblit l'homme. Même, le matin, il se leva à la lampe, il voulut accompagner son ami au chantier, gravement, honorant en lui l'ouvrier vraiment digne de ce nom. Mais, arrivés devant La Petite-Civette qui ouvrait, ils entrèrent prendre une prune, rien qu'une, dans le seul but d'arroser ensemble la ferme résolution d'une bonne conduite. En face du comptoir, sur un banc, Bibi-la-Grillade, le dos contre le mur, fumait sa pipe d'un air maussade.

- Tiens ! Bibi qui fait sa panthère, dit Coupeau. On a donc la flemme, ma vieille ?

- Non, non, répondit le camarade en s'étirant les bras. Ce sont les patrons qui vous dégoûtent ? J'ai lâché le mien hier ? Tous de la crapule, de la canaille ?

Et Bibi-la-Grillade accepta une prune. Il devait être là, sur le banc, à attendre une tournée. Cependant, Lantier défendait les patrons ; ils avaient parfois joliment du mal, il en savait quelque chose, lui qui sortait des affaires. De la jolie fripouille, les ouvriers ! Toujours en noce, se fichant de l'ouvrage, vous lâchant au beau milieu d'une commande, reparaissant quand leur monnaie est nettoyée. Ainsi, il avait eu un petit Picard, dont la toquade était de se trimbaler en voiture ; oui, dès qu'il touchait sa semaine, il prenait des fiacres pendant des journées. Est-ce que c'était là un goût de travailleur ? Puis, brusquement, Lantier se mit à attaquer aussi les patrons. Oh ! il voyait clair, il disait ses vérités à chacun. Une sale race après tout, des exploiteurs sans vergogne, des mangeurs de monde. Lui, Dieu merci ! Pouvait dormir la conscience tranquille, car il s'était toujours conduit en ami avec ses hommes, et avait préféré ne pas gagner des millions comme les autres.

- Filons, mon petit, dit-il en s'adressant à Coupeau. Il faut être sage, nous serions en retard.

Bibi-la-Grillade, les bras ballants, sortit avec eux. Dehors, le jour se levait à peine, un petit jour sali par le reflet boueux du pavé ; il avait plu la veille, il faisait très doux. On venait d'éteindre les becs de gaz ; la rue des Poissonniers, où des lambeaux de nuit étranglés par les maisons flottaient encore, s'emplissait du sourd piétinement des ouvriers descendant vers Paris. Coupeau, son sac de zingueur passé à l'épaule, marchait de l'air esbrouffeur d'un citoyen qui est d'attaque, une fois par hasard. Il se tourna, il demanda :

- Bibi, veux-tu qu'on t'embauche ? le patron m'a dit d'amener un camarade, si je pouvais.

- Merci, répondit Bibi-la-Grillade, je me purge ? Faut proposer ça à Mes-Bottes, qui cherchait hier une baraque ? Attends, Mes-Bottes est bien sûr là-dedans.

Et, comme ils arrivaient au bas de la rue, ils aperçurent en effet Mes-Bottes chez le père Colombe. Malgré l'heure matinale, l'Assommoir flambait, les volets enlevés, le gaz allumé. Lantier resta sur la porte, en recommandant à Coupeau de se dépêcher, parce qu'ils avaient tout juste dix minutes.

- Comment ! Tu vas chez ce roussin de Bourguignon ! Cria Mes-Bottes, quand le zingueur lui eut parlé. Plus souvent qu'on me pince dans cette boîte ! Non, j'aimerais mieux tirer la langue jusqu'à l'année prochaine ? Mais, mon vieux, tu ne resteras pas là trois jours, c'est moi qui te le dis !

- Vrai, une sale boîte ? demanda Coupeau inquiet.

- Oh ! Tout ce qu'il y a de plus sale ? On ne peut pas bouger. Le singe est sans cesse sur votre dos. Et avec ça des manières, une bourgeoise qui vous traite de soûlard, une boutique où il est défendu de cracher ? Je les ai envoyés dinguer le premier soir, tu comprends.

- Bon ! Me voilà prévenu. Je ne mangerai pas chez eux un boisseau de sel ? J'en vais tâter ce matin ; mais si le patron m'embête, je te le ramasse et je te l'assois sur sa bourgeoise, tu sais, collés comme une paire de soles !

Le zingueur secouait la main du camarade, pour le remercier de son bon renseignement ; et il s'en allait, quand Mes-Bottes se fâcha. Tonnerre de Dieu ! est-ce que le Bourguignon allait les empêcher de boire la goutte ? Les hommes n'étaient plus des hommes, alors ? Le singe pouvait bien attendre cinq minutes. Et Lantier entra pour accepter la tournée, les quatre ouvriers se tinrent debout devant le comptoir. Cependant, Mes-Bottes, avec ses souliers éculés, sa blouse noire d'ordures, sa casquette aplatie sur le sommet du crâne, gueulait fort et roulait des yeux de maître dans l'Assommoir. Il venait d'être proclamé empereur des pochards et roi des cochons, pour avoir mangé une salade de hannetons vivants et mordu dans un chat crevé.

- Dites donc, espèce de Borgia ! Cria-t-il au père Colombe, donnez-nous de la jaune, de votre pissat d'âne premier numéro.

Et quand le père Colombe, blême et tranquille dans son tricot bleu, eut empli les quatre verres, ces messieurs les vidèrent d'une lampée, histoire de ne pas laisser le liquide s'éventer.

- Ça fait tout de même du bien où ça passe, murmura Bibi-la-Grillade.

Mais cet animal de Mes-Bottes en racontait une comique. Le vendredi, il était si soûl, que les camarades lui avaient scellé sa pipe dans le bec avec une poignée de plâtre. Un autre en serait crevé, lui gonflait le dos et se pavanait.

- Ces messieurs ne renouvellent pas ? demanda le père Colombe de sa voix grasse.

- Si, redoublez-nous ça, dit Lantier. C'est mon tour. 

 

 

Extrait du corrigé :

Émile Zola (1840-1902) : journaliste, écrivain, considéré comme le chef de file du naturalisme et auteur du fameux cycle des Rougon-Macquart, Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire. Grand projet regroupant vingt romans, « Les Rougon-Macquart personnifieront l’époque, l’Empire lui-même ».

 

L’Assommoir : septième volume de la série Les Rougon-Macquart, paru d’abord en feuilleton dans leBien public puis la République des Lettres, il est publié en volumes en 1877.

Il décrit le monde des petites gens de Paris et montre les malheurs causés par l’alcoolisme.

Le très grand succès de ce « roman du peuple » permet à Zola d’acheter sa maison de Médan et en fait le héraut du naturalisme.

 

L’Assommoir : débit de boissons tenu par le père Colombe où les ouvriers viennent boire…

 

I- Un roman sur le peuple 

=> Montrez que Zola centre son roman sur le peuple. Peinture des hommes du peuple à Paris.

            A- Le monde ouvrier

• Roman réaliste. Cf. les indications de lieu. Ex : « vers Paris » ;  « la rue des Poissonniers » > quartier populaire … => cadre très réaliste.

• Personnages qui appartiennent au monde populaire.

Cf. leurs surnoms… Ex : « Bibi-la-Grillade » ; « Mes-Bottes »…

Monde des ouvriers. Cf. « trouvé de l'ouvrage » ; « chantier » ; « l'ouvrier » ; « Le zingueur »…

Cf. la description des personnages. Ex : vêtements de Mes-Bottes : « ses souliers éculés, sa blouse noire d'ordures ».

• Cf. aussi leurs discussions sur le travail, les patrons…

cf. la description du patron. « roussin de Bourguignon » ; « Le singe est sans cesse sur votre dos. Et avec ça des manières, une bourgeoise qui vous traite de soûlard, une boutique où il est défendu de cracher ». Critique ce lieu et surtout son tenancier. Métaphore péjorative « Le singe ». Différence entre son état  et ses prétentions.