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SUJET : Estienne DURAND, Les Méditations, « Stances à l'Inconstance ». | Commentaires composés | Durand | Poésie

Commentaires composés | Durand | Poésie

Estienne DURAND, Les Méditations, « Stances à l'Inconstance ».

 

  1. Esprit des beaux-esprits, vagabonde Inconstance,
  2. Qu'Éole roi des vents avec l'onde conçut
  3. Pour être de ce monde une seconde essence,
  4. Reçois ces vers sacrés à ta seule puissance,
  5. Aussi bien que mon âme autrefois te reçut.

 

  1. Déesse qui partout et nulle part demeure,
  2. Qui préside à nos jours et nous porte au tombeau,
  3. Qui fais que le désir d'un instant naisse et meure,
  4. Et qui fais que les cieux se tournent à toute heure,
  5. Encor qu'il ne soit rien ni si grand, ni si beau.

 

  1. Si la terre pesante en sa base est contrainte,
  2. C'est par le mouvement des atomes divers,
  3. Sur le dos de Neptun' ta puissance est dépeinte,
  4. Et les saisons font voir que ta majesté sainte
  5. Est l'âme qui soutient le corps de l'univers.

 

  1. Notre esprit n'est que vent, et comme un vent volage,
  2. Ce qu'il nomme constance est un branle rétif,
  3. Ce qu'il pense aujourd'hui, demain n'est qu'un ombrage,
  4. Le passé n'est plus rien, le futur un nuage,
  5. Et ce qu'il tient présent, il le sent fugitif.

 

  1. Je peindrais volontiers mes légères pensées,
  2. Mais déjà le pensant, mon penser est changé,
  3. Ce que je tiens m'échappe, et les choses passées
  4. Toujours par le présent se tiennent effacées,
  5. Tant à ce changement mon esprit est rangé.

 

  1. Ainsi, depuis qu'à moi ta grandeur est unie,
  2. Des plus cruels dédains j'ai su me garantir,
  3. J'ai gaussé les esprits dont la folle manie
  4. Esclave leur repos, sous une tyrannie,
  5. Et meurent à leur bien pour vivre au repentir.

 

  1. Entre mille glaçons je sais feindre une flamme,
  2. Entre mille plaisirs je fais le soucieux,
  3. J'en porte une à la bouche, une autre dedans l'âme,
  4. Et tiendrais à péché si la plus belle dame
  5. Me retenait le coeur plus longtemps que les yeux.

 

  1. Donque fille de l'air de cent plumes couverte,
  2. Qui de serf que j'étais m'a mis en liberté,
  3. Je te fais un présent des restes de ma perte,
  4. De mon amour changé, de sa flamme déserte,
  5. Et du folâtre objet qui m'avait arrêté.

 

  1. Je te fais un présent d'un tableau fantastique,
  2. Où l'amour et le jeu par la main se tiendront,
  3. L'oubliance, l'espoir, le désir frénétique,
  4. Les serments parjurés, l'humeur mélancolique,
  5. Les femmes et les vents ensemble s'y verront.

 

  1. Les sables de la mer, les orages, les nues,
  2. Les feux qui font en l'air les tonnantes chaleurs,
  3. Les flammes des éclairs plus tôt mortes que vues,
  4. Les peintures du ciel à nos yeux inconnues,
  5. A ce divin tableau serviront de couleurs.

 

  1. Pour un temple sacré je te donne ma Belle,
  2. Je te donne son coeur pour en faire un autel,
  3. Pour faire ton séjour tu prendras sa cervelle,
  4. Et moi je te serai comme un prêtre fidèle
  5. Qui passera ses jours en un change immortel. 

 

Extrait du corrigé :

 Estienne Durand : poète de la fin du XVIe siècle, début XVIIe siècle.

Né dans une famille bourgeoise, Estienne Durand, contrôleur ordinaire des guerres, s'adonne très tôt à l'écriture. Poète de ballets, bien accueilli à la Cour, il touche une pension du roi. Ses Méditations, dites « livre d'amour pour Marie de Fourcy, marquise d'Effiat », publiées en 1611 forment la majeure partie de son œuvre. Son inspiration amoureuse, qui n'échappe pas au goût pétrarquisant de son temps, aurait été suscitée par un amour malheureux pour sa cousine Marie de Fourcy

 

 

Étienne Durand  est demeuré surtout célèbre pour sa fin tragique. Attaché à la maison de Marie de Médicis, il resta fidèle à celle-ci après le meurtre de Concini et fut accusé de comploter contre Luynes, le favori du roi. Il fut condamné pour cela à être roué vif en place de Grève, le 19 juillet 1618.

 

• « Stances à l'Inconstance » :

- Poème composé de 55 alexandrins répartis en 11 quintils (strophes de 5 vers).

- Les rimes sont disposées selon le schéma : ABAAB (les 4 derniers vers de chaque strophe ont donc des rimes du type embrassées).

- Alternance respectée entre les rimes féminines (qui se terminent par –e, -es, -ent) et les rimes masculines.

- Poème qui joue sur des mots, des sonorités proches.

Ex : la strophe 1. cf. « Esprit des beaux-esprits ». Cf. « Inconstance ; puissance ; essence »…

 

• « Stances à l'Inconstance » : titre qui renvoie au mouvement baroque.

Baroque :

Vient du portugais barroco (= « perle de forme irrégulière ») et a pour origine le terme latin verruca (= « verrue ; défaut ; tâche »).

Dans son Dictionnaire universel (1690), Furetière définit ainsi « Baroque » : « terme de joaillier, qui ne se dit que des perles qui ne sont pas parfaitement rondes ».

 

Le baroque a ensuite pris un sens littéraire, culturel, esthétique… fin XVIe, début XVIIe siècle.

Principaux thèmes de la littérature baroque :

- Les masques et l'apparence ;

- La mort > fragilité de l'instant et de la vie ;

- Instabilité, inconstance et mobilité…

Écriture qui privilégie les hyperboles, les oppositions, les paradoxes et qui insiste sur les illusions (le théâtre dans le théâtre, etc.), les songes…

 

Étudiez les images de l'inconstance => aspects baroques du poème.

 

I- Poème à l’inconstance 

            A- Discours à l’Inconstance

• Le poète s’adresse à l’Inconstance. Personnification.

Cf. la présence des marques de 1e personne qui renvoient au poète et celle de 2e personne du singulier qui renvoient à l’Inconstance.

- Le poète parle en son nom propre. Ex : « « Je peindrais ; mes légères pensées ; mon âme autrefois te reçut ; mon esprit ; je sais ; J'ai gaussé… ».

Montrez que le poète parle en son nom, expérience et ressentis personnels.

- L’inconstance es tutoyée > connivence, se connaissent bien. Ex : « Reçois » ; « te reçut » ; « ta seule puissance ».