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SUJET : Germain Nouveau, Valentines, « Dernier madrigal ». | Commentaires composés | Nouveau | Poésie

Commentaires composés | Nouveau | Poésie

Germain Nouveau, Valentines, « Dernier madrigal ».
Quand je mourrai, ce soir peut-être,/ Je n'ai pas de jour préféré...

 

  1. Quand je mourrai, ce soir peut-être,
  2. Je n'ai pas de jour préféré,
  3. Si je voulais, je suis le maître,
  4. Mais... ce serait mal me connaître,
  5. N'importe, enfin, quand je mourrai.

 

  1. Mes chers amis, qu'on me promette
  2. De laisser le bois... au lapin,
  3. Et, s'il vous plaît, qu'on ne me mette
  4. Pas, comme une simple allumette,
  5. Dans une boîte de sapin ;

 

  1. Ni, comme un hareng, dans sa tonne ;
  2. Ne me couchez pas tout du long,
  3. Pour le coup de fusil qui tonne,
  4. Dans la bière qu'on capitonne
  5. Sous sa couverture de plomb.

 

  1. Car, je ne veux rien, je vous jure ;
  2. Pas de cercueil ; quant au tombeau,
  3. J'y ferais mauvaise figure,
  4. Je suis peu fait pour la sculpture,
  5. Je le refuse, fût-il beau.

 

  1. Mon voeu jusque-là ne se hausse ;
  2. Ça me laisserait des remords,
  3. Je vous dis (ma voix n'est pas fausse) :
  4. Je ne veux pas même la fosse,
  5. Où sont les lions et les morts.

 

  1. Je ne suis ni puissant ni riche,
  2. Je ne suis rien que le toutou,
  3. Que le toutou de ma Niniche ;
  4. Je ne suis que le vieux caniche
  5. De tous les gens de n'importe où.

 

  1. Je ne veux pas que l'on m'enferre
  2. Ni qu'on m'enmarbre, non, je veux
  3. Tout simplement que l'on m'enterre,
  4. En faisant un trou... dans ma Mère,
  5. C'est le plus ardent de mes voeux.

 

  1. Moi, l'enterrement qui m'enlève,
  2. C'est un enterrement d'un sou,
  3. Je trouve ça chic ! Oui, mon rêve,
  4. C'est de pourrir, comme une fève ;
  5. Et, maintenant, je vais dire où.

 

  1. Eh ! pardieu ! c'est au cimetière
  2. Près d'un ruisseau (prononcez l'Ar),
  3. Du beau village de Pourrière
  4. De qui j'implore une prière,
  5. Oui, c'est bien à Pourrières, Var.

 

  1. Croisez-moi les mains sous la tête,
  2. Qu'on laisse mon oeil gauche ouvert ;
  3. Alors ma paix sera complète,
  4. Vraiment je me fais une fête
  5. D'être enfoui comme un pois vert.

 

  1. Creusez-moi mon trou dans la terre,
  2. Sous la bière, au fond du caveau,
  3. Où tout à côté de son père,
  4. Dort déjà ma petite mère,
  5. Madame Augustine Nouveau.

 

  1. Puis... comblez-moi de terre... fine,
  2. Sur moi, replacez le cercueil ;
  3. Que comme avant dorme Augustine !
  4. Nous dormirons bien, j'imagine,
  5. Fût-ce en ne dormant... que d'un oeil.

 

Extrait du corrigé :

 Germain Nouveau : poète né en 1851 et décédé en 1920 à Pourrières dans le Var.

Nouveau s'installe à Paris en 1872 et la fait connaissance d’artistes qui se réunissent au café Tabourey, de Mallarmé, de Charles Cros avec lequel il collabore à la rédaction des Dixains réalistes qui tournent en dérision les parnassiens. Il rencontre Arthur Rimbaud qu’il aide à la copie des Illuminations. Il fait ensuite la connaissance de Verlaine avec lequel il restera longtemps ami. En 1891, il est frappé d’une crise de folie mystique et est interné à l'hôpital Bicêtre d'où il sort après quelques mois d'enfermement. Il traverse plusieurs crises mystiques proches de l’aliénation, entreprend une vie de mendiant et de pèlerin. Après des années d’errance, il revient dans son village natal en 1911 et y meurt d’un jeûne trop prolongé en 1920.

 

Ses poésies seront essentiellement publiées après sa mort, Nouveau s'y étant opposé de son vivant, allant jusqu'à faire un procès lors de la publication de son recueil Savoir aimer, la première version de sa Doctrine de l'Amour. Il eut une grande influence sur les surréalistes et Aragon le considérait « non un poète mineur mais un grand poète. Non un épigone de Rimbaud : son égal. »

 

« Dernier madrigal » :

Extrait de poème composé de 12 strophes de 5 vers, 12 quintils.

Les rimes de chaque strophe sont disposées de la manière : ABAAB ou ABCCB.

Alternance respectées des rimes féminines (qui se terminent par –e, -es, -ent) et des rimes masculines.

Rimes suffisantes. Ex : « Augustine / fine » ; « mère / père / terre ».

Rimes riches. Ex : « vert / ouvert » ; « prière / cimetière ».

 

 

I- Un poème qui relève de l’humour noir 

            A- L’humour et le décès

• Le poète parle avec humour de choses terribles.

• « madrigal » > poème souvent rattaché à la poésie amoureuse. Ici, « dernier madrigal » : sorte de testament. 

• Poème centré sur la mort (thème grave, sérieux). Montrez que le poète évoque avec détachement, voire avec amusement, sa mort.

Cf. poème écrit à la 1e personne. Nombreuses marques de 1e personne (« je » ; « me » ; « mes »…) > le poète parle en son nom.

Or, dès le 1e vers, parle de sa mort.

Ex : « Quand je mourrai, ce soir peut-être » > utilise un futur qui rappelle que la mort est inéluctable puis donne un CC de temps « ce soir » > proximité de cet événement fatal… « peut-être » : possibilité. 

Détachement du poète : évoque quelque chose de terrible, d’effrayant, la mort comme s’il s’agissait de quelque chose d’anodin, une banalité.

Cf. « Je n'ai pas de jour préféré » : ironie. Humour noir. Le poète fait comme s’il avait le choix + « jour préféré » : ironie.

Cf. « Si je voulais, je suis le maître » : vers très régulier, 4/4. Balancement « Si je voulais » / « Je suis le maître ». Assonance en [ai] avec « voulais / maître ». Assonance en [e] avec « je ; je ; le ». Fait comme s’il avait le choix, comme s’il pouvait décider.

« je suis le maître » : Ironie. Évidemment, n’est pas le maître et n’a pas le choix.

=> Humour noir qui fait rire ou sourire d’une chose des plus sérieuses : la fatalité de la mort, nous ne pouvons rien faire, nous ne décidons rien, nous sommes impuissants face à la mort.