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SUJET : Gabriel-Joseph de Guilleragues, Lettres portugaises, Lettre III. | Commentaires composés | Guilleragues | Roman épistolaire

Commentaires composés | Guilleragues | Roman épistolaire

Gabriel-Joseph de Guilleragues, Lettres portugaises, Lettre III.
Qu'est-ce que je deviendrai, et qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? ...

 Qu'est-ce que je deviendrai, et qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Je me trouve bien éloignée de tout ce que j'avais prévu : j'espérais que vous m'écririez de tous les endroits où vous passeriez, et que vos lettres seraient fort longues ; que vous soutiendriez ma Passion par l'espérance de vous revoir, qu'une entière confiance en votre fidélité me donnerait quelque sorte de repos, et que je demeurerais cependant dans un état assez supportable sans d'extrêmes douleurs : j'avais même pensé à quelques faibles projets de faire tous les efforts, dont je serais capable, pour me guérir, si je pouvais connaître bien certainement que vous m'eussiez tout à fait oubliée ; votre éloignement, quelques mouvements de dévotion ; la crainte de ruiner entièrement le reste de ma santé par tant de veilles, et par tant d'inquiétudes ; le peu d'apparence de votre retour : la froideur de votre Passion, et de vos derniers adieux ; votre départ, fondé sur d'assez méchants prétextes, et mille autres raisons, qui ne sont que trop bonnes, et que trop inutiles, semblaient me promettre un secours assez assuré, s'il me devenait nécessaire : n'ayant enfin à combattre que contre moi-même, je ne pouvais jamais me défier de toutes mes faiblesses, ni appréhender tout ce que je souffre aujourd'hui. Hélas ! que je suis à plaindre, de ne partager pas mes douleurs avec vous, et d'être toute seule malheureuse : cette pensée me tue, et je meurs de frayeur, que vous n'ayez jamais été extrêmement sensible à tout nos plaisirs. Oui : je connais présentement la mauvaise foi de tous vos mouvements : vous m'avez trahie toutes les fois que vous m'avez dit que vous étiez ravi d'être seul avec moi ; je ne dois qu'à mes importunités vos empressements, et vos transports : vous aviez fait de sens froid un dessein de m'enflammer, vous n'avez regardé ma Passion que comme une victoire, et votre coeur n'en a jamais été profondément touché ; n'êtes-vous pas bien malheureux, et n'avez-vous pas bien peu de délicatesse, de n'avoir su profiter qu'en cette manière de mes emportements ? Et comment est-il possible qu'avec tant d'amour je n'aie pu vous rendre tout à fait heureux ? Je regrette pour l'amour de vous seulement les plaisirs infinis, que vous avez perdus : faut-il que vous n'ayez pas voulu en jouir ? Ah ! si vous les connaissiez, vous trouveriez sans doute qu'ils sont plus sensibles que celui de m'avoir abusée, et vous auriez éprouvé qu'on est beaucoup plus heureux, et qu'on sent quelque chose de bien plus touchant, quand on aime violemment, que lorsqu'on est aimé. Je ne sais, ni ce que je suis, ni ce que je fais, ni ce que je désire : je suis déchirée par mille mouvements contraires : Peut-on s'imaginer un état si déplorable ? Je vous aime éperdument, et je vous ménage assez pour n'oser, peut-être, souhaiter que vous soyez agité des mêmes transports : je me tuerais, ou je mourrais de douleur sans me tuer, si j'étais assurée que vous n'avez jamais aucun repos, que votre vie n'est que trouble, et qu'agitation, que vous pleurez sans cesse, et que tout vous est odieux ; je ne puis suffire à mes maux, comment pourrais-je supporter la douleur que me donneraient les vôtres, qui me seraient mille fois plus sensibles ? Cependant je ne puis aussi me résoudre à désirer que vous ne pensiez point à moi ; et à vous parler sincèrement, je suis jalouse avec fureur de tout ce qui vous donne de la joie, et qui touche votre coeur, et votre goût en France.

 

Extrait du corrigé :

Lettres portugaises : roman par lettres publié sans nom d’auteur en 1669 chez l’éditeur parisien Claude Barbin et attribué depuis à Guilleragues (1628-1685).

Roman épistolaire, en prose : Mariane, religieuse portugaise, écrit 5 lettres à son amant qui l’a délaissée pour retourner en France.

Les cinq lettres retracent un « decrescendo » sentimental, le passage de la passion à la lucidité. Lucidité sur ses propres sentiments, et sur ceux de son amant « résolu à un éloignement » dans la première lettre.

 

Dans cette IIIe lettre, Marianne prend conscience de l’éloignement déterminé de son amant…

 

I- Lettre à un amant…

            A- Une lettre

• Il s’agit d’un extrait de roman épistolaire > le personnage qui écrit la lettre est fictif.

• Roman par lettres : la jeune religieuse (personnage fictif) écrit à son amant.

- Présence importante de marques de 1e personne. Cf. 28 « je » + 4 « j’ » ; 12 « me » ; 5 « mes » ; 3 « ma ».

- Présence massive de marques de 2e personne du pluriel > la femme s’adresse à son amant qu’elle vouvoie. Cf. 31 « vous » ; 9 « votre » ; 5 « vos »…

• Recours au temps du discours :

- Présent d’énonciation > désigne le moment où elle écrit. Ex : « Je me trouve bien éloignée »…

- Futur > actions à venir. Ex : « je deviendrai »…

- Imparfait, plus-que-parfait > actions passées. Ex : « j'avais prévu »…

- Conditionnel > hypothèse qui ne se sont pas réalisées Ex : « m'écririez » ; « vous passeriez »…

• Lettre qui parle d’amour et de passion.

Cf. la présence du champ lexical des sentiments, de l’amour.

Ex : « ma Passion » ; « votre fidélité » ; « dévotion » ; « ma Passion » ; « lorsqu'on est aimé » ; « m'enflammer » ; « ravi d'être seul avec moi »…