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SUJET : Victor HUGO, Les Orientales, « Les Djinns ». | Commentaires composés | Hugo | Poésie

Commentaires composés | Hugo | Poésie

Victor HUGO, Les Orientales, « Les Djinns ».
Murs, ville / Et port,/ Asile /De mort...

  

  1. Murs, ville
  2. Et port,
  3. Asile
  4. De mort,
  5. Mer grise
  6. Où brise
  7. La brise
  8. Tout dort.

 

  1. Dans la plaine
  2. Naît un bruit.
  3. C'est l'haleine
  4. De la nuit.
  5. Elle brame
  6. Comme une âme
  7. Qu'une flamme
  8. Toujours suit.

 

  1. La voix plus haute
  2. Semble un grelot.
  3. D'un nain qui saute
  4. C'est le galop.
  5. Il fuit, s'élance,
  6. Puis en cadence
  7. Sur un pied danse
  8. Au bout d'un flot.

 

  1. La rumeur approche,
  2. L'écho la redit.
  3. C'est comme la cloche
  4. D'un couvent maudit,
  5. Comme un bruit de foule
  6. Qui tonne et qui roule
  7. Et tantôt s'écroule
  8. Et tantôt grandit.

 

  1. Dieu! La voix sépulcrale
  2. Des Djinns!... - Quel bruit ils font!
  3. Fuyons sous la spirale
  4. De l'escalier profond!
  5. Déjà s'éteint ma lampe,
  6. Et l'ombre de la rampe..
  7. Qui le long du mur rampe,
  8. Monte jusqu'au plafond.

 

  1. C'est l'essaim des Djinns qui passe,
  2. Et tourbillonne en sifflant.
  3. Les ifs, que leur vol fracasse,
  4. Craquent comme un pin brûlant.
  5. Leur troupeau lourd et rapide,
  6. Volant dans l'espace vide,
  7. Semble un nuage livide
  8. Qui porte un éclair au flanc.

 

  1. Ils sont tout près! - Tenons fermée
  2. Cette salle ou nous les narguons
  3. Quel bruit dehors! Hideuse armée
  4. De vampires et de dragons!
  5. La poutre du toit descellée
  6. Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,
  7. Et la vieille porte rouillée,
  8. Tremble, à déraciner ses gonds.

 

  1. Cris de l'enfer! voix qui hurle et qui pleure!
  2. L'horrible essaim, poussé par l'aquillon,
  3. Sans doute, o ciel! s'abat sur ma demeure.
  4. Le mur fléchit sous le noir bataillon.
  5. La maison crie et chancelle penchée,
  6. Et l'on dirait que, du sol arrachée,
  7. Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,
  8. Le vent la roule avec leur tourbillon!

 

  1. Prophète! Si ta main me sauve
  2. De ces impurs démons des soirs,
  3. J'irai prosterner mon front chauve
  4. Devant tes sacrés encensoirs!
  5. Fais que sur ces portes fidèles
  6. Meure leur souffle d'étincelles,
  7. Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes
  8. Grince et crie à ces vitraux noirs!

 

  1. Ils sont passés! - Leur cohorte
  2. S'envole et fuit, et leurs pieds
  3. Cessent de battre ma porte
  4. De leurs coups multipliés.
  5. L'air est plein d'un bruit de chaînes,
  6. Et dans les forêts prochaines
  7. Frissonnent tous les grands chênes,
  8. Sous leur vol de feu pliés!

 

  1. De leurs ailes lointaines
  2. Le battement décroît.
  3. Si confus dans les plaines,
  4. Si faible, que l'on croit
  5. Ouïr la sauterelle
  6. Crier d'une voix grêle
  7. Ou pétiller la grêle
  8. Sur le plomb d'un vieux toit.

 

  1. D'étranges syllabes
  2. Nous viennent encor.
  3. Ainsi, des Arabes
  4. Quand sonne le cor,
  5. Un chant sur la grève
  6. Par instants s'élève,
  7. Et l'enfant qui rêve
  8. Fait des rêves d'or.

 

  1. Les Djinns funèbres,
  2. Fils du trépas,
  3. Dans les ténèbres
  4. Pressent leur pas;
  5. Leur essaim gronde;
  6. Ainsi, profonde,
  7. Murmure une onde
  8. Qu'on ne voit pas.

 

  1. Ce bruit vague
  2. Qui s'endort,
  3. C'est la vague
  4. Sur le bord;
  5. C'est la plainte
  6. Presque éteinte
  7. D'une sainte
  8. Pour un mort.

 

  1. On doute
  2. La nuit...
  3. J'écoute: -
  4. Tout fuit,
  5. Tout passe;
  6. L'espace
  7. Efface
  8. Le bruit.

 

Extrait du corrigé :

Victor-Marie Hugo : écrivain, dramaturge, poète, homme politique, académicien et intellectuel engagé, né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris. Il est l’un des plus grands écrivains français et repose au Panthéon depuis le lundi 1er juin 1885.

Son œuvre est très diverse : romans, poésie lyrique, drames en vers et en prose, discours politiques à la Chambre des Pairs, correspondance abondante.

Les Orientales : recueil composé de quarante et un poèmes dont trente-six datent de 1828. Cette œuvre, très marquée par l’engouement de l’époque pour l’Antiquité grecque, offre une série de tableaux hauts en couleur de l’Orient méditerranéen. Pittoresque du recueil qui contient aussi des accents guerriers, épiques, érotiques et même intimistes.

Dans la préface des Orientales, Hugo revendique les privilèges de la liberté dans l’art => « en poésie, tout a droit de cité », et joue de la provocation en qualifiant l’ouvrage de « livre inutile de pure poésie ».

 

 

 

I- Un long poème de Hugo

              A- Une forme particulière

• Long poème de 120 vers.

• Strophes de 8 vers > huitains ; 15 huitains.

• Le poème est composé de strophes aux vers de + en + grands puis de + en + petits.

• Crescendo => Cf. strophe 1, vers de 2 syllabes ; strophe 2, vers de 3 syllabes ; strophe 3, vers de 4 syllabes… ; strophe 8, vers de 10 syllabes.

• Decrescendo => Cf. strophe 9, vers de 8 syllabes ; strophe 14, vers de 3 syllabes ; strophe 15, vers de 2 syllabes.