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SUJET : Jules Vallès, L'Enfant, chapitre 11. | Commentaires composés

Commentaires composés

Jules Vallès, L'Enfant, chapitre 11.

 Je vais d'un pupitre à l'autre : ils sont vides — on doit nettoyer la place, et les élèves ont déménagé.

Rien, une règle, des plumes rouillées, un bout de ficelle, un petit jeu de dames, le cadavre d'un lézard, une agate perdue.

Dans une fente, un livre : j'en vois le dos, je m'écorche les ongles à essayer de le retirer. Enfin, avec l'aide de la règle, en cassant un pupitre, j'y arrive ; je tiens le volume et je regarde le titre :

ROBINSON CRUSOÉ

II est nuit.

Je m'en aperçois tout d'un coup. Combien y a-t-il de temps que je suis dans ce livre ? — quelle heure est-il ?

Je ne sais pas, mais voyons si je puis lire encore ! Je frotte mes yeux, je tends mon regard, les lettres s'effacent, les lignes se mêlent, je saisis encore le coin d'un mot, puis plus rien.

J'ai le cou brisé, la nuque qui me fait mal, la poitrine creuse ; je suis resté penché sur les chapitres sans lever la tête, sans entendre rien, dévoré par la curiosité, collé aux flancs de Robinson, pris d'une émotion immense, remué jusqu'au fond de la cervelle et jusqu'au fond du cœur ; et en ce moment où la lune montre là-bas un bout de corne, je fais passer dans le ciel tous les oiseaux de l'île, et je vois se profiler la tête longue d'un peuplier comme le mât du navire de Crusoé ! Je peuple l'espace vide de mes pensées, tout comme il peuplait l'horizon de ses craintes ; debout contre cette fenêtre, je rêve à l'éternelle solitude et je me demande où je ferai pousser du pain...

La faim me vient : j'ai très faim.

Vais-je être réduit à manger ces rats que j'entends dans la cale de l'étude ? Comment faire du feu ? J'ai soif aussi. Pas de bananes ! Ah ! lui, il avait des limons frais ! Justement j'adore la limonade !

Clic, clac ! on farfouille dans la serrure.

Est-ce Vendredi ? Sont-ce des sauvages ?

C'est le petit pion qui s'est souvenu, en se levant, qu'il m'avait oublié, et qui vient voir si j'ai été dévoré par les rats, ou si c'est moi qui les ai mangés.

 

(1) roman de Daniel Defoe (1719), inspiré par une histoire réelle. Robinson, naufragé, survit seul vingt-huit ans sur une île tropicale déserte de l'océan Atlantique avant de rencontre Vendredi qui deviendra son serviteur, peu de temps avant leur découverte par un navire.

 

Extrait du corrigé :

Jules Vallès (de son vrai nom Jules Vallez) :

Né en 1832 et décédé en 1885, Vallès est un journaliste, écrivain et homme politique français. Il est le fondateur du journal Le Cri du Peuple. Il est un des élus de la Commune de Paris ; condamné à mort, il doit s'exiler à Londres (de 1871 à 1880).

Jules Vallès, en tant qu’écrivain, est resté célèbre pour ses Mémoires d'un révolté  trilogie d’inspiration autobiographique composée de : L’Enfant Le Bachelier ; L’Insurgé et racontant l’enfance et l’entrée dans l’âge adulte de Jacques Vingtras (Jules Vallès. Cf. les initiales sont les mêmes).

 

L’Enfant : roman, premier volet de la trilogie des Mémoires d'un révolté qui parait pour la première fois en feuilletons en 1878 dans la revue Le Siècle et qui est publié en 1879.

Roman d’inspiration autobiographique > raconte la vie de l’auteurs mais certains points ont été modifiés par rapport à réalité.  ).

Roman réaliste, qui représente les aspects ordinaires, et populaires de la vie.

Roman également engagé. Cf. la dédicace : « À tous ceux qui crevèrent d'ennui au collège ou qu'on fit pleurer dans la famille, qui, pendant leur enfance, furent tyrannisés par leur maîtres ou rossés par leur parents, je dédie ce livre ».

 

Extrait : le narrateur, un jeune collégien du XIXème siècle, Jacques Vingtras, est puni. Il est enfermé dans une salle d'étude vide. Pour s'occuper, il explore les lieux.

Texte qui raconte un souvenir d’enfance.

Extrait qui souligne les effets de la lecture sur l’enfant.

 

I- Un souvenir d’enfance 

            A- Une autobiographie

• L’extrait raconte un épisode de la vie de l’auteur. L’auteur, âgé, raconte un événement passé.

• Identité entre l’auteur, Vallès, le narrateur et le personnage principal, J. Vingtras.

• Extrait centré sur le « je ». Multiplicité des marques de 1e personnes. Cf. 19 « je » ; 8 « j’ » ; 2 « me » ; 2 « mes » ; « mon ».

• Récit qui est au présent. Mais présent de narration, présent historique : raconte des faits passés. Présent qui remplace le passé simple.

Ex : « II est nuit » ; « Je ne sais pas » ; « Je peuple » ; « j'ai très faim »…

=> Permet d’actualiser le procès. Le lecteur a l’impression que l’action se passe à l’instant même où il la lit.

• Montrez que cette autobiographie est originale dans son style. Cf. le rythme du texte qui est précipité. Raconte une anecdote.