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SUJET : Jean de LA FONTAINE, Fables, « L'Homme et la Couleuvre ». | Commentaires composés

Commentaires composés

Jean de LA FONTAINE, Fables, « L'Homme et la Couleuvre ».
Un homme vit une couleuvre :/Ah ! méchante, dit-il, je m’en vais faire une œuvre...

 

  1. Un homme vit une couleuvre :
  2. Ah ! méchante, dit-il, je m’en vais faire une œuvre
  3. Agréable à tout l’univers !
  4. A ces mots l’animal pervers
  5. (C’est le serpent que je veux dire,
  6. Et non l’homme : on pourroit aisément s’y tromper),
  7. A ces mots, le serpent, se laissant attraper,
  8. Est pris, mis en un sac ; et ce qui fut le pire,
  9. On résolut sa mort, fût-il coupable ou non.
  10. Afin de le payer toutefois de raison,
  11. L’autre lui fit cette harangue :
  12. Symbole des ingrats ! être bon aux méchants,
  13. C’est être sot ; meurs donc : ta colère et tes dents
  14. Ne me nuiront jamais. Le serpent, en sa langue,
  15. Reprit du mieux qu’il put : S’il falloit condamner
  16. Tous les ingrats qui sont au monde,
  17. A qui pourroit-on pardonner ?
  18. Toi-même tu te fais ton procès : je me fonde
  19. Sur tes propres leçons ; jette les yeux sur toi.
  20. Mes jours sont en tes mains, tranche-les ; ta justice,
  21. C’est ton utilité, ton plaisir, ton caprice :
  22. Selon ces lois, condamne-moi ;
  23. Mais trouve bon qu’avec franchise
  24. En mourant au moins je te dise
  25. Que le symbole des ingrats
  26. Ce n’est point le serpent, c’est l’homme. Ces paroles
  27. Firent arrêter l’autre ; il recula d’un pas.
  28. Enfin il repartit : Tes raisons sont frivoles.
  29. Je pourrois décider, car ce droit m’appartient ;
  30. Mais rapportons-nous-en. - Soit fait, dit le reptile.
  31. Une vache étoit là, l’on l’appelle ; elle vient :
  32. Le cas est proposé. C’étoit chose facile :
  33. Falloit-il pour cela, dit-elle, m’appeler ?
  34. La couleuvre a raison : pourquoi dissimuler ?
  35. Je nourris celui-ci depuis longues années ;
  36. Il n’a sans mes bienfaits passé nulles journées ;
  37. Tout n’est que pour lui seul ; mon lait et mes enfants
  38. Le font à la maison revenir les mains pleines :
  39. Même j’ai rétabli sa santé, que les ans
  40. Avoient altérée ; et mes peines
  41. Ont pour but son plaisir ainsi que son besoin.
  42. Enfin me voilà vieille ; il me laisse en un coin
  43. Sans herbe : s’il vouloit encor me laisser paître !
  44. Mais je suis attachée : et si j’eusse eu pour maître
  45. Un serpent, eût-il su jamais pousser si loin
  46. L’ingratitude, eût-il su jamais pousser si loin
  47. L’homme, tout étonné d’une telle sentence,
  48. Dit au serpent : Faut-il croire ce qu’elle dit ?
  49. C’est une radoteuse ; elle a perdu l’esprit.
  50. Croyons ce bœuf. - Croyons, dit la rampante bête.
  51. Ainsi dit, ainsi fait. Le bœuf vient à pas lents.
  52. Quand il eut ruminé tout le cas en sa tête,
  53. Il dit que du labeur des ans
  54. Pour nous seuls il portoit les soins les plus pesants,
  55. Parcourant sans cesser ce long cercle de peines
  56. Qui, revenant sur soi, ramenait dans nos plaines
  57. Ce que Cérès nous donne, et vend aux animaux ;
  58. Que cette suite de travaux
  59. Pour récompense avoit, de tous tant que nous sommes,
  60. Force coups, peu de gré ; puis, quand il étoit vieux,
  61. On croyoit l’honorer chaque fois que les hommes
  62. Achetoient de son sang l’indulgence des dieux.
  63. Ainsi parla le nœuf. L’homme dit : Faisons taire
  64. Cet ennuyeux déclamateur ;
  65. Il cherche de grands mots, et vient ici se faire,
  66. Au lieu d’arbitre, accusateur.
  67. Je le récuse aussi. L’arbre étant pris pour juge,
  68. Ce fut bien pis encore. Il servoit de refuge
  69. Contre le chaud, la pluie, et la fureur des vents ;
  70. Pour nous seuls il ornoit les jardins et les champs :
  71. L’ombrage n’étoit pas le seul bien qu’il sût faire ;
  72. Il courboit sous les fruits. Cependant pour salaire
  73. Un rustre l’abattoit, c’était là son loyer ;
  74. Quoique pendant tout l’an libéral il nous donne
  75. Ou des fleurs au printemps, ou du fruit en automne,
  76. L’ombre l’été, l’hiver les plaisirs du foyer.
  77. Que ne l’émondoit-on, sans prendre la cognée ?
  78. De son tempérament il eût encor vécu.
  79. L’Homme trouvant mauvais que l’on l’eût convaincu,
  80. Voulut à toute force avoir cause gagnée.
  81. Je suis bien bon, dit-il, d’écouter ces gens-là !
  82. Du sac et du serpent aussitôt il donna
  83. Contre les murs, tant qu’il tua la bête.
  84. On en use ainsi chez les grands :
  85. La raison les offense ; ils se mettent en tête
  86. Que tout est né pour eux, quadrupèdes et gens,
  87. Et serpents.
  88. Si quelqu’un desserre les dents,
  89. C’est un sot. J’en conviens : mais que faut-il donc faire ?
  90. Parler de loin, ou bien se taire.