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SUJET : Rousseau, Les Confessions, Livre IV. | Commentaires composés | Rousseau | Autobiographie

Commentaires composés | Rousseau | Autobiographie

Rousseau, Les Confessions, Livre IV.
Un jour entre autres, m'étant à dessein détourné pour voir de près un lieu qui me parut admirable, je m'y plus si fort et j'y fis tant de tours, que je me perdis enfin tout à fait...

 Un jour entre autres, m'étant à dessein détourné pour voir de près un lieu qui me parut admirable, je m'y plus si fort et j'y fis tant de tours, que je me perdis enfin tout à fait. Après plusieurs heures de course inutile, las et mourant de soif et de faim, j'entrai chez un paysan dont la maison n'avait pas belle apparence; mais c'était la seule que je visse aux environs. Je croyais que c'était comme à Genève ou en Suisse, où tous les habitants à leur aise sont en état d'exercer l'hospitalité. Je priai celui-ci de me donner à dîner en payant. Il m'offrit du lait écrémé et de gros pain d'orge, en me disant que c'était tout ce qu'il avait. Je buvais ce lait avec délices et je mangeais ce pain, paille et tout; mais cela n'était pas fort restaurant pour un homme épuisé de fatigue. Ce paysan, qui m'examinait, jugea de la vérité de mon histoire par celle de mon appétit. Tout de suite, après m'avoir dit qu'il voyait bien que j'étais un bon jeune honnête homme qui n'était pas là pour le vendre, il ouvrit une petite trappe à côté de sa cuisine, descendit, et revint un moment après avec un bon pain bis de pur froment, un jambon très appétissant, quoique entamé, et une bouteille de vin dont l'aspect me réjouit le cœur plus que tout le reste; on joignit à cela une omelette assez épaisse, et je fis un dîner tel qu'autre qu'un piéton n'en connut jamais. Quand ce vint à payer, voilà son inquiétude et ses craintes qui le reprennent; il ne voulait point de mon argent, il le repoussait avec un trouble extraordinaire; et ce qu'il y avait de plaisant était que je ne pouvais imaginer de quoi il avait peur. Enfin, il prononça en frémissant ces mots terribles de commis et de rats de cave. Il me fit entendre qu'il cachait son vin à cause des aides, qu'il cachait son pain à cause de la taille, et qu'il serait un homme perdu si l'on pouvait se douter qu'il ne mourût pas de faim. Tout ce qu'il me dit à ce sujet, et dont je n'avais pas la moindre idée, me fit une impression qui ne s'effacera jamais. Ce fut là le germe de cette haine inextinguible qui se développa depuis dans mon cœur contre les vexations qu'éprouve le malheureux peuple, et contre ses oppresseurs. Cet homme, quoique aisé, n'osait manger le pain qu'il avait gagné à la sueur de son front, et ne pouvait éviter sa ruine qu'en montrant la même misère qui régnait autour de lui. Je sortis de sa maison aussi indigné qu'attendri, et déplorant le sort de ces belles contrées, à qui la nature n'a prodigué ses dons que pour en faire la proie des barbares publicains.

 

 

Extrait du corrigé :

Les livres I à IV racontent ses années d'enfance et d'adolescence, que Rousseau clôt d'une conclusion provisoire, légitimant que l'on s'intéresse à ces quatre livres comme à un ensemble autonome.

 

Le titre a sans doute été choisi en référence aux Confessions de Saint-Augustin, publiées au IVe siècle après Jésus Christ.

 

Les Confessions : composée de douze livres, cette œuvre est considérée comme la première autobiographie.

 

I- Un récit de jeunesse 

            A- Une autobiographie

• Auto (moi)-bio (vie)- graphie (écrire) : écrire ma vie. Un auteur décide de raconter sa vie, de se raconter.

Philippe Lejeune : « récit rétrospectif en prose qu'une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu'elle met l'accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalité ». Écrit par une personne plutôt âgée, à la fin de sa vie > ce qui est le cas avec Rousseau qui raconte un épisode de sa jeunesse.

• Récit à la première personne, celui qui dit « je », c’est bien l’auteur, celui qui tient sa plume. Identité de l’auteur, narrateur, personnage principal.

=> Multiplicité des marques de 1e personne.

Ex : 13 « je » ; 3 « j’ » ; 8 « me » ; 4 « mon »…

• Différence des « je », différence des temps : il faut différencier « je » de l’auteur, celui qui tient la plume (temps du discours)  du « je » du personnage (temps du récit, le plus souvent).

Cf. « une impression qui ne s'effacera jamais » > futur. C’est l’auteur âgé qui parle.

Cf. « Il m'offrit du lait écrémé « ; « Je buvais ce lait avec délices » ; « je me perdis » > temps du récit. Alternance du passé simple (actions brèves) et de l’imparfait (> description, toile de fond, répétition) pour le récit des actes du jeune Jean-Jacques.