fermer le formulaire

Contact / demande de sujet :

Vous souhaitez nous contacter, nous soumettre un sujet spécifique,
laisser nous un message par le formulaire ci-dessous.

Commande Suspendue !
En raison du grand nombre de demandes, et pour pouvoir les traiter au mieux, le site est fermé.

fermer le formulaire

Vos coordonnées

Inscrivez-vous et restez informé de nos actualités.

 
fermer le formulaire

DEJA INSCRIT : IDENTIFIEZ-VOUS

 

SUJET : L’abbé Prévost, Manon Lescaut – Vous dirai-je quel fut le déplorable sujet de mes entretiens… | Commentaires composés | Prévost | roman

Commentaires composés | Prévost | roman

L’abbé Prévost, Manon Lescaut – Vous dirai-je quel fut le déplorable sujet de mes entretiens…

L’abbé Prévost, Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut – Vous dirai-je quel fut le déplorable sujet de mes entretiens

 

              Vous dirai-je quel fut le déplorable sujet de mes entretiens avec Manon pendant cette route, ou quelle impression sa vue fit sur moi lorsque j'eus obtenu des gardes la liberté d'approcher de son chariot ? Ah ! les expressions ne rendent jamais qu'à demi les sentiments du cœur. Mais figurez-vous ma pauvre maîtresse enchaînée par le milieu du corps, assise sur quelques poignées de paille, la tête appuyée languissamment sur un côté de la voiture, le visage pâle et mouillé d'un ruisseau de larmes qui se faisaient un passage au travers de ses paupières, quoiqu'elle eût continuellement les yeux fermés. Elle n'avait pas même eu la curiosité de les ouvrir lorsqu'elle avait entendu le bruit de ses gardes, qui craignaient d'être attaqués. Son linge était sale et dérangé, sans mains délicates exposées à l'injure de l'air ; enfin, tout ce composé charmant, cette figure capable de ramener l'univers à l'idolâtrie, paraissait dans un désordre et un abattement inexprimables. J'employai quelque temps à la considérer, en allant à cheval à côté du chariot. J'étais si peu à moi-même que je fus sur le point, plusieurs fois, de tomber dangereusement. Mes soupirs et mes exclamations fréquentes m'attirèrent d'elle quelques regards. Elle me reconnut, et je remarquai que, dans le premier mouvement, elle tenta de se précipiter hors de la voiture pour venir à moi ; mais, étant retenue par sa chaîne, elle retomba dans sa première attitude. Je priai les archers d'arrêter un moment par compassion ; ils y consentirent par avarice. Je quittai mon cheval pour m'asseoir auprès d'elle. Elle était si languissante et si affaiblie qu'elle fut longtemps sans pouvoir se servir de sa langue ni remuer ses mains. Je les mouillais pendant ce temps-là de mes pleurs, et, ne pouvant proférer moi-même une seule parole, nous étions l'un et l'autre dans une des plus tristes situations dont il y ait jamais eu d'exemple. Nos expressions ne le furent pas moins, lorsque nous eûmes retrouvé la liberté de parler. Manon parla peu. Il semblait que la honte et la douleur eussent altéré les organes de sa voix ; le son en était faible et tremblant. Elle me remercia de ne l'avoir pas oubliée, et de la satisfaction que je lui accordais, dit-elle en soupirant, de me voir du moins encore une fois et de me dire le dernier adieu. Mais, lorsque je l'eus assurée que rien n'était capable de me séparer d'elle et que j'étais disposé à la suivre jusqu'à l'extrémité du monde pour prendre soin d'elle, pour la servir, pour l'aimer et pour attacher inséparablement ma misérable destinée à la sienne, cette pauvre fille se livra à des sentiments si tendres et si douloureux, que j'appréhendai quelque chose pour sa vie d'une si violente émotion. Tous les mouvements de son âme semblaient se réunir dans ses yeux. Elle les tenait fixés sur moi. Quelquefois elle ouvrait la bouche, sans avoir la force d'achever quelques mots qu'elle commençait. Il lui en échappait néanmoins quelques-uns. C'étaient des marques d'admiration sur mon amour, de tendres plaintes de son excès, des doutes qu'elle pût être assez heureuse pour m'avoir inspiré une passion si parfaite, des instances pour me faire renoncer au dessein de la suivre et chercher ailleurs un bonheur digne de moi, qu'elle me disait que je ne pouvais espérer avec elle.  

 

 

Extrait du corrigé :  

L’abbé Prévost (1697-1763) : écrivain, auteur de nombreux romans de mœurs et d’aventures et notamment de l’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut.

 

L’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut : l’action se situe pendant la Régence, et le récit, selon la technique du retour en arrière, est fait par des Grieux au marquis de Renoncourt. Il lui raconte ses amours contrariées avec une charmante jeune femme, Manon Lescaut, dont les mœurs ne sont pas tout à fait irréprochables.

 

Il s’agit de la fin du roman Manon Lescaut > histoire que l’on a extraite des Mémoires d’un homme de qualité dont il est le septième et dernier.

 

Narrateur > le jeune Des Grieux, l’amant de Manon > lui-même fait son récit à l’ « homme de qualité », M. de Renoncourt, qui le raconte dans ses Mémoires.

Manon a de nouveau fauté => est envoyée en Amérique (où elle mourra) dans un convoi avec d’autres prostituées.

 

I- Le récit de la triste condition de Manon 

              A- Le récit de l’amant éploré

• Des Grieux raconte l’histoire, la scène à laquelle il a assistée > souvenir douloureux. Cf. « le déplorable ».

• « Vous dirai-je » > Je = Des Grieux ; Vous : l’homme de qualité, M. de Renoncourt.

Dirai-je > temps du discours VS « quel fut » > temps du récit : passé > raconte un événement passé. « Mais figurez-vous » > lui peint la scène.

• Émotion de Des Grieux pendant la scène passée : « J'étais si peu à moi-même » ; « Mes soupirs et mes exclamations fréquentes »…

• Émotion du jeune homme pendant son récit, émotion toujours vive => relevez les expressions, les exclamations… qui soulignent l’état d’esprit du jeune homme. Cf. « Ah ! », le rythme de ses phrases…