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SUJET : Perec, Les Choses - C'était une demeure triste et froide... | Commentaires composés | Perec

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Perec, Les Choses - C'était une demeure triste et froide...

  C'était une demeure triste et froide. Les murs trop hauts, recouverts d'une sorte de chaux ocre jaune qui s'en allait par grandes plaques, les sols uniformément dallés de grands carreaux sans couleur, l'espace inutile, tout était trop grand, trop nu, pour qu'ils puissent l'habiter. Il aurait fallu qu'ils soient cinq ou six, quelques bons amis, en train de boire, de manger, de parler. Mais ils étaient seuls, perdus. La salle de séjour, avec le lit de camp recouvert d'un petit matelas et d'une couverture bariolée, avec la natte épaisse où étaient jetés quelques coussins, avec, surtout, les livres - la rangée des Pléiades, les séries de revues, les quatre Tisné -, les bibelots, les disques, le grand portulan, la Fête du Carrousel, tout ce qui, il n'y avait pas si longtemps, avait été le décor de leur autre vie, tout ce qui, dans cet univers de sable et de pierre, les ramenait vers la rue de Quatrefages, vers l'arbre si longtemps vert, vers les petits jardins, la salle de séjour dispensait encore une certaine chaleur : à plat ventre sur la natte, une minuscule tasse de café à la turque à côté d'eux, ils écoutaient la Sonate à Kreutzer, l'Archiduc, la Jeune Fille et la Mort, et c'était comme si la musique, qui, dans cette grande pièce peu meublée, presque une salle, acquérait une résonance étonnante, se mettait à l'habiter et la transformait soudain : c'était un invité, un ami très cher, perdu de vue, retrouvé par hasard, qui partageait leur repas, qui leur parlait de Paris, qui, dans cette soirée fraîche de novembre, dans cette ville étrangère où rien ne leur appartenait, où ils ne se sentaient pas à l'aise, les ramenait en arrière, leur permettait de retrouver une sensation presque oubliée de complicité, de vie commune, comme si, dans un étroit périmètre - la surface de la natte, les deux séries de rayonnages, l'électrophone, le cercle de lumière découpé par l'abat-jour cylindrique -,parvenait à s'implanter, et à survivre, une zone protégée que ni le temps ni la distance ne pouvaient entamer. Mais tout autour, c'était l'exil, l'inconnu : le long corridor où les pas résonnaient trop fort, la chambre, immense et glaciale, hostile, avec pour seul meuble un lit large trop dur qui sentait la paille, avec sa lampe bancale posée sur une vieille caisse qui faisait office de table de nuit, sa malle d'osier remplie de linge, son tabouret chargé de vêtements en tas; la troisième pièce, inutilisée, où ils n'entraient jamais.