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SUJET : Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 6 - J’ai dirigé sa promenade de manière qu’il s’est trouvé un fossé à franchir... | Commentaires composés | Laclos | Roman épistolaire

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Commentaires composés | Laclos | Roman épistolaire

Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 6 - J’ai dirigé sa promenade de manière qu’il s’est trouvé un fossé à franchir...

 J’ai dirigé sa promenade de manière qu’il s’est trouvé un fossé à franchir ; et, quoique fort leste, elle est encore plus timide (vous jugez bien qu’une prude craint de sauter le fossé). Il a fallu se confier à moi. J’ai tenu dans mes bras cette femme modeste. Nos préparatifs et le passage de ma vieille tante l’avaient fait rire aux éclats : mais, dès que je me fus emparé d’elle, par une adroite gaucherie, nos bras s’enlacèrent naturellement. Je pressai son sein contre le mien ; et, dans ce court intervalle, je sentis son cœur battre plus vite. L’aimable rougeur vint colorer son visage, et son modeste embarras m’apprit assez que son cœur avait palpité d’amour et non de crainte. Ma tante cependant s’y trompa comme vous, et se mit à dire : L’enfant a eu peur ; mais la charmante candeur de l’enfant ne lui permit pas le mensonge, et elle répondit naïvement : « Oh ! non, ce n’est pas cela. » Ce seul mot m’a éclairé. De ce moment, le doux espoir a remplacé la cruelle inquiétude. J’aurai cette femme ; je l’enlèverai au mari qui la profane ; j’oserai la ravir au Dieu même qu’elle adore. Quel délice d’être tour à tour l’objet et le vainqueur de ses remords ! Loin de moi l’idée de détruire les préjugés qui l’assiègent ! ils ajouteront à mon bonheur et à ma gloire. Qu’elle croie à la vertu, mais qu’elle me la sacrifie. Que ses fautes l’épouvantent sans pouvoir l’arrêter, et, qu’agitée de mille terreurs, elle ne puisse les oublier, les vaincre que dans mes bras. Qu’alors, j’y consens, elle me dise : Je t’adore ; elle seule, entre toutes les femmes, sera digne de prononcer ce mot. Je serai vraiment le Dieu qu’elle aura préféré.