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SUJET : Rousseau, Les Rêveries d’un Promeneur Solitaire, Cinquième Promenade – Tout est dans un flux continuel sur la terre… | Commentaires composés | Rousseau | Autobiographie

Commentaires composés | Rousseau | Autobiographie

Rousseau, Les Rêveries d’un Promeneur Solitaire, Cinquième Promenade – Tout est dans un flux continuel sur la terre…

 Rousseau, Les Rêveries d’un Promeneur Solitaire, Cinquième Promenade – Tout est dans un flux continuel sur la terre…

 

Tout est dans un flux continuel sur la terre. Rien n’y garde une forme constante et arrêtée, et nos affections qui s’attachent aux choses extérieures passent et changent nécessairement comme elles. Toujours en avant ou en arrière de nous, elles rappellent le passé qui n’est plus ou préviennent l’avenir qui souvent ne doit point être : il n’y a rien là de solide à quoi le cœur se puisse attacher. Aussi n’a-t-on guère ici-bas que du plaisir qui passe ; pour le bonheur qui dure je doute qu’il y soit connu. A peine est-il dans nos plus vives jouissances un instant où le cœur puisse véritablement nous dire : Je voudrais que cet instant durât toujours, et comment peut-on appeler bonheur un état fugitif qui nous laisse encore le cœur inquiet et vide, qui nous fait regretter quelque chose avant, ou désirer quelque chose après.

Mais s’il est un état où l’âme trouve une assiette assez solide pour s’y reposer toute entière et rassembler là tout son être, sans avoir besoin de rappeler le passé ni d’enjamber sur l’avenir ; où le temps ne soit rien pour elle, où le présent dure toujours, sans néanmoins marquer sa durée et sans trace de succession, sans aucun autre sentiment de privation ni de jouissance de plaisir ni de peine, de désir ni de crainte que celui seul de notre existence, et que ce sentiment seul puisse la remplir tout entier ; tant que cet état dure celui qui s’y trouve peut s’appeler heureux, non d’un bonheur imparfait, pauvre et relatif tel que celui qu’on trouve dans les plaisirs de la vie mais d’un bonheur suffisant parfait et plein, qui ne laisse dans l’âme aucun vide qu’elle sente le besoin de remplir. Tel est l’état où je me suis trouvé souvent à l’île de St Pierre dans mes rêveries solitaires, soit couché dans mon bateau que je laissais dériver au gré de l’eau, soit assis sur les rives du lac agité soit ailleurs au bord d’une belle rivière ou d’un ruisseau murmurant sur le gravier.

De quoi jouit-on dans une pareille situation ? De rien d’extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet état dure on se suffit à soi-même comme Dieu. Le sentiment de l’existence dépouillé de toute autre affection est par lui-même un sentiment précieux de contentement et de paix qui suffirait seul pour rendre cette existence chère et douce à qui saurait écarté de soi toutes les impressions sensuelles et terrestres qui viennent sans cesse nous en distraire et en troubler ici-bas la douceur.

 

 

Extrait du corrigé :  

Les Rêveries du promeneur solitaire : ouvrage inachevé de Jean-Jacques Rousseau rédigé entre 1776 et 1778 et publié à titre posthume.

 

Les Rêveries du promeneur solitaire tiennent à la fois de l’autobiographie et de la réflexion philosophique, l’auteur employant très généralement la première personne du singulier et apportant par digressions quelques détails sur sa vie. Ces Rêveries cherchent à produire chez le lecteur un sentiment d’empathie, un huis clos, qui permettrait à travers l’auteur de mieux se saisir lui-même.

 

NB : 5e promenade => moitié du livre. Pause pour parler de l’île de St Pierre (et de lui).

 

Dans cet extrait : Rousseau se livre à une réflexion sur le bonheur.

 

 

I- Rêverie sur le bonheur

            A- Réflexion de Rousseau

• Montrez que Rousseau, en pleine promenade, réfléchit.

Cf. le présent de vérité générale.

Ex : « est » ; « garde » ; « rappellent »…

Cf. les nombreux connecteurs logiques

Ex : « Aussi » ; « pour »… les « deux points », etc.

- Réflexion générale sur les hommes.

Cf. l’utilisation de marques de 1e personne du pluriel.

Ex : « nos » ; « nous » ; « nos »…> les hommes, dont l’auteur.

Cf. aussi l’utilisation du pronom indéfini « on ».

+ Marques de 1e personne du singulier.

Ex : « je » ; « je » ; « mon »…

• L’auteur réfléchit sur la notion de bonheur.

Ex : « plaisir » ; « bonheur » ; « plus vives jouissances » ; « bonheur »…

> Soulignez l’aspect fluctuant des sentiments et des états.

Ex : « flux continuel » ; « Rien n’y garde une forme constante et arrêtée » ; « Toujours en avant ou en arrière » ; « rien là de solide » ; « un état fugitif »…

Ce qui s’oppose à : « Je voudrais que cet instant durât toujours ».