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SUJET : Rimbaud, Les reparties de Nina | Commentaires composés | Rimbaud | Poésie

Commentaires composés | Rimbaud | Poésie

Rimbaud, Les reparties de Nina

Rimbaud, Les reparties de Nina

 

Lui - Ta poitrine sur ma poitrine,

     Hein ? nous irions,

Ayant de l'air plein la narine,

     Aux frais rayons

 

Du bon matin bleu, qui vous baigne

     Du vin de jour ?...

Quand tout le bois frissonnant saigne

     Muet d'amour

 

De chaque branche, gouttes vertes,

     Des bourgeons clairs,

On sent dans les choses ouvertes

     Frémir des chairs:

 

Tu plongerais dans la luzerne

     Ton blanc peignoir,

Rosant à l'air ce bleu qui cerne

     Ton grand oeil noir,

 

Amoureuse de la campagne,

     Semant partout,

Comme une mousse de champagne,

     Ton rire fou :

 

Riant à moi, brutal d'ivresse,

     Qui te prendrais

Comme cela, - la belle tresse,

     Oh ! - qui boirais

 

Ton goût de framboise et de fraise,

     O chair de fleur !

Riant au vent vif qui te baise

     Comme un voleur,

 

Au rose églantier qui t'embête

     Aimablement:

Riant surtout, ô folle tête,

     A ton amant !....

 

.....................................

 

- Ta poitrine sur ma poitrine,

     Mêlant nos voix

Lents, nous gagnerions la ravine,

     Puis les grands bois !...

 

Puis, comme une petite morte,

     Le cœur pâmé,

Tu me dirais que je te porte,

     L'œil mi fermé..

 

Je te porterais, palpitante,

     Dans le sentier:

L'oiseau filerait son andante:

     Au Noisetier...

 

Je te parlerais dans ta bouche:

     J'irais, pressant

Ton corps, comme une enfant qu'on couche,

     Ivre du sang

 

Qui coule, bleu, sous ta peau blanche

     Aux tons rosés:

Et te parlants la langue franche....

     Tiens !... - que tu sais...

 

Nos grands bois sentiraient la sève

     Et le soleil

Sablerait d'or fin leur grand rêve

     Vert et vermeil.

 

..................................

 

Le soir ?... Nous reprendrons la route

     Blanche qui court

Flânant, comme un troupeau qui broute,

     Tout à l'entour

 

Les bons vergers à l'herbe bleue

     Aux pommiers tors !

Comme on les sent tout une lieue

     Leurs parfums forts !

 

Nous regagnerons le village

     Au ciel mi-noir;

Et ça sentira le laitage

     Dans l'air du soir;

 

Ça sentira l'étable, pleine

     De fumiers chauds,

Pleine d'un lent rhythme d'haleine,

     Et de grands dos

 

Blanchissant sous quelque lumière;

     Et, tout là-bas,

Une vache fientera, fière,

     À chaque pas...

 

- Les lunettes de la grand'mère

     Et son nez long

Dans son missel: le pot de bière

     - Cerclé de plomb,

 

Moussant entre les larges pipes

     Qui, crânement,

Fument: les effroyables lippes

     Qui, tout fumant,

 

Happent le jambon aux fourchettes

     Tant, tant et plus:

Le feu qui claire les couchettes

     Et les bahuts.

 

Les fesses luisantes et grasses

     D'un gros enfant

Qui fourre, à genoux, dans les tasses,

     Son museau blanc

 

Frôlé par un mufle qui gronde

     D'un ton gentil,

Et pourlèche la face ronde

     Du cher petit.....

 

.............................

 

Que de choses verrons-nous, chère,

     Dans ces taudis,

Quand la flamme illumine, claire

     Les carreaux gris !...

 

- Puis, petite et toute nichée

     Dans les lilas

Noirs et frais : la vitre cachée,

     Qui rit là-bas....

 

Tu viendras, tu viendras, je t'aime !

     Ce sera beau.

Tu viendras, n'est-ce pas, et même...

 

Elle. - Et mon bureau ?

 

 Extrait du corrigé

 

Arthur Rimbaud (20 octobre 1854 - 10 novembre 1891) : poète très célèbre.

Poète dont l’oeuvre a marqué la poésie française. Rimbaud a inventé une langue nouvelle : « de l'âme pour l'âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant » (« Lettre dite du voyant »).

 

Poète qui demeure l’éternel adolescent et qui a beaucoup influencé les générations suivantes de poètes.

Cf. Char : « Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Tes dix-huit ans réfractaires à l'amitié, à la malveil­lance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu'au ronronnement d'abeille stérile de ta famille arden­naise un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine ».

 

 

« Les réparties de Nina » :

Poème écrit par Rimbaud, âgé de 15 ans.

9e poème du recueil « Le cahier de Douai ».

NB : ce recueil est composé vingt-deux poèmes écrits par le tout jeune Arthur Rimbaud, et qu’il a réunis en septembre-octobre 1870 pour les confier à son instituteur Paul Demeny.

 

Structure du poème :

Long poème composé de vingt-sept quatrains et un tercet.

Quatrains :

Alternance d’octosyllabe (8 syllabes) et de tétrasyllabe (4 syllabes).

Ex : « Tu plongerais dans la luzerne / Ton blanc peignoir »

 

Disposition des rimes :

Rimes croisées, du type ABAB.

Ex : « baigne ; jour ; saigne ; amour ».

Ex : « fraise ; fleur ; baise ; voleur ».

 

Qualité des rimes :

Rimes pauvres (1 son en commun)

Ex : « partout » ; « fou »

 

Rimes suffisantes (2 sons en commun)

Ex : « irions ; rayons »

 

Rimes riches (3 et plus sons en commun) > sont les plus nombreuses dans le poème/

Ex : « vertes » ; « ouvertes »

Ex : « luzerne » ; « cerne »

 

+ Alternance entre les rimes féminines (qui se terminent par –e, -es, -ent) et les rimes masculines.

Ex : « baigne ; jour ; saigne ; amour ».

 

Quelle vision de l’amour est donnée par le jeune poète ?

 

I- Le poème d’un jeune garçon

            A- Poème d’amour

• Montrez que ce poème est un poème d’amour.

- Marques de 1e personne.

Ex : « ma » > le poète parle en son nom.

- Nombreuses marques de 2e personne.

Ex : « Ta » ; « tu » ; « ton »…

> Tutoiement, proximité. Femme aimée.

=> le poète s’adresse à la femme aimée.

+ marques de la 1e personne du pluriel : « nous » > Nina et le poète > couple.