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SUJET : Jean Anouilh, Antigone – Rien d'autre ne compte. Et tu allais le gaspiller ! | Commentaires composés | Anouilh | Théâtre

Commentaires composés | Anouilh | Théâtre

Jean Anouilh, Antigone – Rien d'autre ne compte. Et tu allais le gaspiller !

Jean Anouilh, Antigone – Rien d'autre ne compte. Et tu allais le gaspiller !

 

CRÉON

Rien d'autre ne compte. Et tu allais le gaspiller ! Je te comprends, j'aurais fait comme toi à vingt ans. C'est pour cela que je buvais tes paroles. J'écoutais du fond du temps un petit Créon maigre et pâle comme toi et qui ne pensait qu'à tout donner lui-aussi… Marie-toi vite, Antigone, sois heureuse. La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-la. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu'on grignote, assis au soleil. Ils te diront tout le contraire parce qu'ils ont besoin de ta force et de ton élan. Ne les écoute pas. Ne m'écoute pas quand je ferai mon prochain discours devant le tombeau d'Etéocle. Ce ne sera pas vrai. Rien n'est vrai que ce qu'on ne dit pas… Tu l'apprendras, toi aussi, trop tard, la vie c'est un livre qu'on aime, c'est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu'on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. Tu vas me mépriser encore, mais de découvrir cela, tu verras, c'est la consolation dérisoire de vieillir; la vie, ce n'est peut-être tout de même que le bonheur.

 

ANTIGONE - murmure, le regard perdu

Le bonheur...

 

CREON - a un peu honte soudain

Un pauvre mot, hein ?

 

ANTIGONE

Quel sera-t-il, mon bonheur ? Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite Antigone ? Quelles pauvretés faudra-t-il qu'elle fasse elle aussi, jour par jour, pour arracher avec ses dents son petit lambeau de bonheur ? Dites, à qui devra-t-elle mentir, à qui sourire, à qui se vendre ? Qui devra-t-elle laisser mourir en détournant le regard ?

 

CREON - hausse les épaules

Tu es folle, tais-toi.

 

ANTIGONE

Non, je ne me tairais pas ! Je veux savoir comment je m'y prendrai, moi aussi, pour être heureuse. Tout de suite, puisque c'est tout de suite qu'il faut choisir. Vous dites que c'est si beau la vie. Je veux savoir comment je m'y prendrais pour vivre.

 

CREON

Tu aimes Hémon ?

 

ANTIGONE

Oui, j'aime Hémon. J'aime un Hémon dur et jeune ; un Hémon exigeant et fidèle, comme moi. Mais si votre vie, votre bonheur doivent passer sur lui avec votre usure, si Hémon ne doit plus pâlir quand je pâlis, s'il ne doit plus me croire morte quand je suis en retard de 5 minutes, s'il ne doit plus se sentir seul au monde et me détester quand je ris sans qu'il sache pourquoi, s'il doit devenir près de moi le monsieur Hémon, s'il doit apprendre à dire "oui", lui aussi, alors je n'aime plus Hémon !

 

CREON

Tu ne sais plus ce que tu dis. Tais-toi.

 

ANTIGONE

Si, je sais ce que je dis, mais c'est vous qui ne m'entendez plus. Je vous parle de trop loin maintenant, d'un royaume où vous ne pouvez plus entrer avec vos rides, votre sagesse, votre ventre. (Elle rit) Ah ! je ris, Créon, je ris parce que je te vois à 15 ans, tout d'un coup ! C'est le même air d'impuissance et de croire qu'on peut tout. La vie t'a seulement ajouté tous ces petits plis sur le visage et cette graisse autour de toi.

 

CREON - La secoue

Te tairas-tu, enfin ?

 

ANTIGONE

Pourquoi veux-tu me faire taire ? Parce que tu sais que j'ai raison ? Tu crois que je ne lis pas dans tes yeux que tu le sais ? Tu sais que j'ai raison, mais tu ne l'avoueras jamais parce que tu es en train de défendre ton bonheur en ce moment comme un os.

 

CREON

Le tien et le mien, oui, imbécile !

 

ANTIGONE

Vous me dégoûtez tous, avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, -et que ce soit entier- ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite -ou mourir.

 

CRÉON

Allez, commence, commence, comme ton père !

 

ANTIGONE

Comme mon père, oui! Nous sommes de ceux qui posent les questions jusqu'au bout. Jusqu'à ce qu'il ne reste vraiment plus la plus petite chance d'espoir vivante, la plus petite chance d'espoir à étrangler. Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent, votre espoir, votre cher espoir, votre sale espoir!

 

CRÉON

Tais-toi ! Si tu te voyais en criant ces mots, tu es laide.

 

ANTIGONE

Oui, je suis laide ! C'est ignoble, n'est-ce pas, ces cris, ces sursauts, cette lutte de chiffonniers. Papa n'est devenu beau qu'après, quand il a été bien sûr, enfin, qu'il avait tué son père, que c'était bien avec sa mère qu'il avait couché, et que rien , plus rien ne pouvait le sauver. Alors, il s'est calmé tout d'un coup, il a eu comme un sourire, et il est devenu beau. C'était fini. Il n'a plus eu qu'à fermer les yeux pour ne plus vous voir. Ah ! vos têtes, vos pauvres têtes de candidats au bonheur ! C'est vous qui êtes laids, même les plus beaux. Vous avez tous quelque chose de laid au coin de l'œil ou de la bouche. Tu l'as bien dit tout à l'heure, Créon, la cuisine. Vous avez des têtes de cuisiniers !

 

 

 Extrait du corrigé :

Antigone d’Anouilh (1910-1987) : reprise, au XXe siècle, du fameux mythe grec.

Antigone : fille d'Œdipe, roi de Thèbes, et de la reine Jocaste.

Antigone est une héroïne tragique mais Anouilh a présenté ce personnage et son histoire sous un angle différent, en rupture avec la tradition de la tragédie grecque.

 

Pièce écrite pendant la Seconde Guerre Mondiale (1944).

 

Scène opposant Antigone au roi, Créon.

Dans un premier temps, c’est Créon qui parle le plus, puis Antigone reprend la parole.

Qu’est-ce que cette scène nous apprend des personnages ?

 

I- Les conseils d’un homme mûr

            A- Créon paternaliste

• Soulignez l’humanité de Créon.

> Au début de la scène, c’est lui qui parle le plus.

Montrez qu’il a de l’affection finalement pour Antigone.

Ex : « Je te comprends, j'aurais fait comme toi à vingt ans. ».

- Antigone lui ressemble. Ex : « J'écoutais du fond du temps un petit Créon maigre et pâle comme toi et qui ne pensait qu'à tout donner lui-aussi… » :

-> Référence au fait qu’Antigone n’est pas jolie, « maigre et pâle ».

Cf. « C'est pour cela que je buvais tes paroles » > admiration.

• Il lui donne des conseils > en raison de leur différence d’âge.

Il a vécu vs. Antigone.

Cf. « Marie-toi » ; « Retiens-la » ; « Ne les écoute pas »… > verbes à l’impératif.

Ordres, mais argumentés.

Conseils.

Ex : « Tu verras… » ; « Tu l'apprendras, toi aussi »… > il lui conseille de se servir de son expérience.

=> Ton quasi paternaliste.