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SUJET : Molière L’Impromptu de Versailles, acte I, scène 1. | Commentaires composés | Molière | Théâtre

Commentaires composés | Molière | Théâtre

Molière L’Impromptu de Versailles, acte I, scène 1.

 Molière L’Impromptu de Versailles, acte I, scène 1.

 

MOLIÈRE.- Allons donc, Messieurs et Mesdames, vous moquez-vous avec votre longueur, et ne voulez-vous pas tous venir ici ? La peste soit des gens ; Holà ho, Monsieur de Brécourt.

BRÉCOURT.- Quoi !

MOLIÈRE.- Monsieur de la Grange.

LA GRANGE.- Qu’est-ce ?

MOLIÈRE.- Monsieur du Croisy.

DU CROISY.- Plaît-il ?

MOLIÈRE.- Mademoiselle du Parc.

MADEMOISELLE DU PARC.- Hé bien ?

MOLIÈRE.- Mademoiselle Béjart.

MADEMOISELLE BÉJART.- Qu’y a-t-il ?

MOLIÈRE.- Mademoiselle de Brie.

MADEMOISELLE DE BRIE.- Que veut-on ?

MOLIÈRE.- Mademoiselle du Croisy.

MADEMOISELLE DU CROISY.- Qu’est-ce que c’est ?

MOLIÈRE.- Mademoiselle Hervé.

MADEMOISELLE HERVÉ.- On y va.

MOLIÈRE.- Je crois que je deviendrai fou avec tous ces gens-ci. Eh, têtebleu, Messieurs, me voulez-vous faire enrager aujourd’hui ?

BRÉCOURT.- Que voulez-vous qu’on fasse, nous ne savons pas nos rôles, et c’est nous faire enrager vous-même, que de nous obliger à jouer de la sorte.

MOLIÈRE.- Ah ! les étranges animaux à conduire que des comédiens.

MADEMOISELLE BÉJART.- Eh bien nous voilà, que prétendez-vous faire ?

MADEMOISELLE DU PARC.- Quelle est votre pensée ?

MADEMOISELLE DE BRIE.- De quoi est-il question ?

MOLIÈRE.- De grâce mettons-nous ici, et puisque nous voilà tous habillés, et que le Roi ne doit venir de deux heures, employons ce temps à répéter notre affaire, et voir la manière dont il faut jouer les choses.

LA GRANGE.- Le moyen de jouer ce qu’on ne sait pas ?

MADEMOISELLE DU PARC.- Pour moi je vous déclare que je ne me souviens pas d’un mot de mon personnage.

MADEMOISELLE DE BRIE.- Je sais bien qu’il me faudra souffler le mien, d’un bout à l’autre.

MADEMOISELLE BÉJART.- Et moi je me prépare fort à tenir mon rôle à la main.

MADEMOISELLE MOLIÈRE.- Et moi aussi.

MADEMOISELLE HERVÉ.- Pour moi je n’ai pas grand’chose à dire.

MADEMOISELLE DU CROISY.- Ni moi non plus, mais avec cela je ne répondrais pas de ne point manquer.

DU CROISY.- J’en voudrais être quitte pour dix pistoles.

BRÉCOURT.- Et moi pour vingt bons coups de fouet, je vous assure.

MOLIÈRE.- Vous voilà tous bien malades d’avoir un méchant rôle à jouer, et que feriez-vous donc si vous étiez en ma place ?

MADEMOISELLE BÉJART.- Qui vous ! Vous n’êtes pas à plaindre, car ayant fait la pièce vous n’avez pas peur d’y manquer.

MOLIÈRE.- Et n’ai-je à craindre que le manquement de mémoire ? Ne comptez-vous pour rien l’inquiétude d’un succès qui ne regarde que moi seul ? Et pensez-vous que ce soit une petite affaire, que d’exposer quelque chose de comique devant une assemblée comme celle-ci ? que d’entreprendre de faire rire des personnes qui nous impriment le respect, et ne rient que quand ils veulent ? Est-il auteur qui ne doive trembler, lorsqu’il en vient à cette épreuve ? Et n’est-ce pas à moi de dire que je voudrais en être quitte pour toutes les choses du monde ?

MADEMOISELLE BÉJART.- Si cela vous faisait trembler, vous prendriez mieux vos précautions, et n’auriez pas entrepris en huit jours ce que vous avez fait.

MOLIÈRE.- Le moyen de m’en défendre quand un roi me l’a commandé ?

MADEMOISELLE BÉJART.- Le moyen ! Une respectueuse excuse fondée sur l’impossibilité de la chose dans le peu de temps qu’on vous donne ; et tout autre en votre place ménagerait mieux sa réputation, et se serait bien gardé de se commettre comme vous faites. Où en serez-vous, je vous prie, si l’affaire réussit mal ? Et quel avantage pensez-vous qu’en prendront tous vos ennemis ?

MADEMOISELLE DE BRIE.- En effet, il fallait s’excuser avec respect envers le Roi, ou demander du temps davantage.

MOLIÈRE.- Mon Dieu, Mademoiselle, les rois n’aiment rien tant qu’une prompte obéissance, et ne se plaisent point du tout à trouver des obstacles. Les choses ne sont bonnes que dans le temps qu’ils les souhaitent ; et leur en vouloir reculer le divertissement est en ôter pour eux toute la grâce. Ils veulent des plaisirs qui ne se fassent point attendre, et les moins préparés leur sont toujours les plus agréables, nous ne devons jamais nous regarder dans ce qu’ils désirent de nous, nous ne sommes que pour leur plaire ; et lorsqu’ils nous ordonnent quelque chose, c’est à nous à profiter vite de l’envie où ils sont. Il vaut mieux s’acquitter mal de ce qu’ils nous demandent, que de ne s’en acquitter pas assez tôt ; et si l’on a la honte de n’avoir pas bien réussi, on a toujours la gloire d’avoir obéi vite à leurs commandements. Mais songeons à répéter s’il vous plaît.

MADEMOISELLE BÉJART.- Comment prétendez-vous que nous fassions, si nous ne savons pas nos rôles ?

MOLIÈRE.- Vous les saurez, vous dis-je, et quand même vous ne les sauriez pas tout à fait, pouvez-vous pas y suppléer de votre esprit, puisque c’est de la prose, et que vous savez votre sujet ?

MADEMOISELLE BÉJART.- Je suis votre servante, la prose est pis encore que les vers.

MADEMOISELLE MOLIÈRE.- Voulez-vous que je vous dise, vous deviez faire une comédie où vous auriez joué tout seul.

MOLIÈRE.- Taisez-vous, ma femme, vous êtes une bête.

MADEMOISELLE MOLIÈRE.- Grand merci Monsieur mon mari, voilà ce que c’est, le mariage change bien les gens, et vous ne m’auriez pas dit cela il y a dix-huit mois.

MOLIÈRE.- Taisez-vous, je vous prie.

MADEMOISELLE MOLIÈRE.- C’est une chose étrange, qu’une petite cérémonie soit capable de nous ôter toutes nos belles qualités, et qu’un mari, et un galant regardent la même personne avec des yeux si différents.

MOLIÈRE.- Que de discours.

MADEMOISELLE MOLIÈRE.- Ma foi, si je faisais une comédie, je la ferais sur ce sujet, je justifierais les femmes de bien des choses dont on les accuse, et je ferais craindre aux maris la différence qu’il y a de leurs manières brusques, aux civilités des galants.

MOLIÈRE.- Ahy, laissons cela, il n’est pas question de causer maintenant, nous avons autre chose à faire.

 

Extrait du corrigé

L'Impromptu de Versailles : comédie en un acte et en prose de Molière, créée à Versailles le 14 octobre 1663.

Il s’agit de « théâtre dans le théâtre ».

 

 

Extrait étudié : acte I, scène 1 => scène d’exposition.

La scène d’exposition est un moment clef de la pièce > elle doit répondre en partie aux questions : qui ? quoi ? où ? quand ? comment ?

Elle doit ainsi donner tous les éléments nécessaires à la bonne compréhension de l’intrigue de la pièce, préciser l’identité des personnages et les liens qui les unissent ; elle doit également intéresser les spectateurs (> ils doivent avoir envie d’assister au spectacle).

+ donne le ton de la pièce, le genre.

 

I- Mise en abyme

            A- Arrivée de la troupe

• Qui ?

Montrez que les personnages sont les acteurs.

>  Molière joue Molière, Mlle Béjart joue Mlle Béjart.

Ex : « MOLIÈRE.- Monsieur de la Grange.

LA GRANGE.- Qu’est-ce ? »

Ex : « MOLIÈRE.- Mademoiselle du Parc.

MADEMOISELLE DU PARC.- Hé bien ? »

Ex : « MOLIÈRE.- Mademoiselle de Brie.

MADEMOISELLE DE BRIE.- Que veut-on ? »

•  Quand ? quoi ? où ?

> Il s’agit d’une troupe de comédiens qui s’apprêtent à jouer une pièce devant la cour de Louis XIV.

Cf. « le Roi ne doit venir de deux heures ».

La pièce se situe à la même époque, au XVIIe siècle.