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SUJET : Anouilh, Médée, dernière scène | Commentaires composés | Anouilh | Théâtre

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Commentaires composés | Anouilh | Théâtre

Anouilh, Médée, dernière scène

 ANOUILH Médée, demière scène

LA NOURRICE Médée! Les enfants ont dû arriver au palais et une grande rumeur s'élève de la ville. Je ne sais pas quel est ton crime, mais l'air en retentit déjà. Attelle vite, fuyons, gagnons la frontière. 
MEDEE Moi fuir? Mais si j'étais déjà partie, je reviendrais pour jouir du spectade. 
LA NOURRICE Quel spectade ? 
LE GARCON surgit Tout est perdu ! La royauté, l'Etat sont tombés. Le roi et sa fille sont morts ! 
MEDEE Morts si vite? Comment? 
LE GARCON Deux enfants sont venus à l'aube porter un présent à Céruse, un coffre noir qui contentait un voile richement brodé d'or et un diadème précieux A peine les eut-elle touchés, à peine s'en fût-elle parée, comme une petite fille curieuse devant sa glace, Céruse a changé de couleur, elle est tombée en se tordant dans d'horribles souffrances, défigurée par le mal. 
MEDEE Laide? Laide comme la mort, n'est-ce pas? 
LE GARCON Créon est accouru, il a voulu la prendre, arracher le voile et le cerde d'or qui tuaient sa fille, mais à peineels a-t-il touchés, voilà que lui aussi pâlit. 1\ hésite un instant, l'horreur dans ses yeux, puis s'écroule, hurlant de douleur. I\s sont couchés l'un contre l'autre maintenant expirant dans les soubresauts et mélangeant leurs membres et personne n'ose s'approcher d'eux. Mais le bruit court que c'est toi qui as envoyé le poison. Les hommes ont pris leurs bâtons, leurs couteaux; ils accourent vers la roulotte. J'ai couru devant, tu n'auras même pas le temps de te disculper. Fuis, Médée. 
MÉDÉE crie. Non! Elle crie au petit qui se sauve. Merci, petit, merci pour la seconde fois! Fuis, toi! 1\ vaut mieux ne pas me connaître. Aussi longtemps que les hommes se souviendront, il vaudra mieux ne pas m'avoir connue! 
(Elle se tourne vers la nourrice.)
Prends ton couteau, nourrice, égorge le cheval, qu'il ne reste rien de Médée tout à l'heure. Mets des fagots sous la roulotte, nous allons faire un feu de joie comme en Colchide. Viens! 
LA NOURRICE Où m'entraînes-tu? 
MÉDÉE Tu le sais. La mort, la mort est légère. Suis-moi, la vieille, tu verras! Tu as fini de traîner tes vieux os qui te font mal et de geindre. Tu vas te reposer enfin, un long dimanche! 
LA NOURRICE, (se détache hurlant). Je ne veux pas, Médée! Je veux vivre! 
MÉDÉE Combien de temps, vieillarde, la mort sur ton dos? 
Les enfants entrent en courant et viennent se jeter effrayés dans les jupes de Médée. 
MÉDÉE, s'arrête Ah! Vous voilà vous deux? Vous avez peur? Tous ces gens qui courent et qui hurlent, ces cloches ... Tout va se taire. 
Innocences! Piège des yeux d'enfants, petites brutes sournoises, têtes d'hommes. Vous avez froid? Je ne vous ferai pas de mal. Je ferai vite. Juste le temps de l'étonnement de la mort dans vos yeux. 
Allons, que je vous rassure, que je vous serre une minute, petits corps chauds. On est bien contre sa mère; on n'a plus peur. Petites vies tièdes sorties de mon ventre, petites volontés de vivre et d'être heureux ... 
Elle crie soudain. 
Jason! Voilà ta famille, tendrement unie. Regarde-la. Et puisses-tu te demander toujours si Médée n'aurait pas aimé, elle aussi, le bonheur et l'innocence. Si elle n'aurait pas pu être, elle -aussi, la fidélité et la foi. Quand tu souffriras, tout à l'heure, et jusqu'au jour de ta mort, pense qu'il y a eu une petite fille Médée exigeante et pure autrefois. Une petite Médée tendre et bâillonnée au fond de l'autre. Pense qu'elle aura lutté toute seule, inconnue, sans une main tendue et que c'était elle, ta vraie femme! J'aurais voulu, Jason, j'aurais peut-être voulu moi aussi que cela dure toujours et que ce soit comme dans les histoires! Je veux, je veux, en cette seconde encore, aussi fort que lorsque j'étais petite, que tout soit lumière et bonté! Mais Médée innocente a été choisie pour être la proie et le lieu de la lutte... D'autres plus frêles ou plus médiocres peuvent glisser à travers les mailles du filet jusqu'aux eaux calmes ou à la vase; le fretin, les dieux l'abandonnent. Médée, elle, était un trop beau gibier dans le piège: elle y reste. Ce n'est pas tous les jours qu'ils ont cette aubaine, les dieux, une âme assez forte pour leurs rencontres, leurs sales jeux. Ils m'ont tout mis sur le dos et ils me regardent me débattre. Regarde avec eux, Jason, les derniers sursauts de Médée! J'ai l'innocence à égorger encore dans cette petite fille qui aurait tant voulu et dans ces deux petits morceaux tièdes de moi. Ils attendent ce sang, là-haut, ils n'en peuvent plus, de l'attendre!
Elle entraÎne les enfants vers la roulotte. 
Venez, petits, n'ayez pas peur. Vous voyez, je vous tiens, je vous caresse et nous rentrons tous trois à la maison ...

(silence)

LA NOURRICE Médée! Médée! Où es-tu? Ils arrivent! Médée! (silence) JASON Éteignez ce feu! Saisissez-vous d'elle!
MÉDÉE, paraÎt à la fenêtre de la roulotte et crie. N'approche pas, Jason! Interdis-leur de faire un pas! 
JASON, s'arrête. Où sont les enfants? 
MÉDÉE Demande-le-toi une seconde encore que je regarde bien tes yeux. 
Elle lui crie.- Ils sont morts, Jason! I\s sont morts égorgés tous les deux, et avant que tu aies pu faire un pas, ce même fer va me frapper. Désormais j'ai recouvré mon sceptre; mon frère, mon père, et la toison du bélier d'or est rendue à la Colchide : j'ai retrouvé ma patrie et la virginité que tu m'avais ravies! Je suis Médée, enfin, pour toujours! Regarde-moi avant de rester seul dans ce monde raisonnable, regarde-moi bien, Jason ! Je t'ai touché avec ces deux mains-là, je les ai posées sur ton front brûlant pour qu'elles soient fraîches et d'autres fois brûlantes sur ta peau. Je t'ai fait pleurer, je t'ai fait aimer. Regarde-les, ton petit frère et ta femme, c'est moi. C'est moi! C'est l'horrible Médée! Et essaie maintenant de l'oublier! 
JASON Oui, je t'oublierai. Oui, je vivrai et malgré la trace sanglante de ton passage à côté de moi, je referai demain avec patience mon pauvre échafaudage d'homme sous l'œil indifférent des dieux. 
Qu'un de vous garde autour du feu jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que des cendres, jusqu'à ce que le dernier os de Médée soit brûlé. Venez, vous autres. Retournons au palais. Il faut vivre maintenant, assurer l'ordre, donner des lois à Corinthe et rebâtir sans illusions un monde à notre mesure pour y attendre de mourir.