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SUJET : L.F. Céline, Voyage au bout de la nuit – Ça ne vous servira à rien ici vos études, mon garçon !... | Commentaires composés | Céline | roman

Commentaires composés | Céline | roman

L.F. Céline, Voyage au bout de la nuit – Ça ne vous servira à rien ici vos études, mon garçon !...

  L.F. Céline, Voyage au bout de la nuit – Ça ne vous servira à rien ici vos études, mon garçon !...

 

            – Ça ne vous servira à rien ici vos études, mon garçon ! Vous n'êtes pas venu ici pour penser, mais pour faire les gestes qu'on vous commandera d'exécuter… Nous n'avons pas besoin d'imaginatifs dans notre usine. C'est de chimpanzés dont nous avons besoin… Un conseil encore. Ne me parlez plus jamais de votre intelligence ! On pensera pour vous mon ami ! Tenez-vous le pour dit. »

            Il avait raison de me prévenir. Valait mieux que je sache à quoi m'en tenir sur les habitudes de la maison. Des bêtises, j’en avais assez à mon actif tel quel pour dix ans au moins. Je tenais à passer désormais pour un petit peinard. Une fois rhabillés, nous fûmes répartis en files traînardes, par groupes hésitants en renfort vers ces endroits d’où nous arrivaient les fracas énormes de la mécanique. Tout tremblait dans l’immense édifice et soi-même des pieds aux oreilles possédé par le tremblement, il en venait des vitres et du plancher et de la ferraille, des secousses, vibré de haut en bas. On en devenait machine aussi soi-même à force et de toute sa viande encore tremblotante dans ce bruit de rage énorme qui vous prenait le dedans et le tour de la tête et plus bas vous agitant les tripes et remontait aux yeux par petits coups précipités, infinis, inlassables. A mesure qu'on avançait on les perdait les compagnons. On leur faisait un petit sourire à ceux-là en les quittant comme si tout ce qui se passait était bien gentil. On ne pouvait plus ni se parler ni s'entendre. A mesure qu’on avançait on les perdait les compagnons. On leur faisait un petit sourire à ceux-là en les quittant comme si tout ce qui se passait était bien gentil. On ne pouvait plus ni se parler ni s’entendre. Il en restait à chaque fois trois ou quatre autour d’une machine.

            On résiste tout de même, on a du mal à se dégoutter de sa substance, on voudrait bien arrêter tout ça pour qu’on y réfléchisse, et entendre en soi son cœur battre facilement, mais ça ne se peut plus. Ca ne peut plus finir. Elle est en catastrophe cette infinie boîte aux aciers et nous on tourne dedans et avec les machines et avec la terre. Tous ensembles ! Et les mille roulettes et les pilons qui ne tombent jamais en même temps avec des bruits qui s’écrasent les uns contre les autres et certains si violents qu’ils déclenchent autour d’eux comme des espèces de silences qui vous font un peu de bien.

            Le petit wagon tortillard garni de quincaille se tracasse pour passer entre les outils. Qu'on se range! Qu'on bondisse pour qu'il puisse démarrer encore un coup le petit hystérique ! Et hop ! il va frétiller plus loin ce fou clinquant parmi les courroies et volants, porter aux hommes leur ration de contraintes.

            Les ouvriers penchés soucieux de faire tout le plaisir possible au machines vous écœurent, à leur passer les boulons au calibre, et des boulons encore, au lieu d’en finir une fois pour toutes, avec cette odeur d’huile, cette buée qui brûle les tympans et le dedans des oreilles par la gorge. C’est pas la honte qui leur fait baisser la tête. On cède au bruit comme on cède à la guerre. On se laisse aller aux machines avec les trois idées qui restent à vaciller tout en haut derrière le front de la tête. C’est fini. Partout ce qu’on regarde, tout ce que la main touche, c’est dur à présent. Et tout ce dont on arrive à se souvenir encore un peu est raidi aussi comme du fer et n’a plus de goût dans la pensée.

 

Extrait du corrigé : 

Voyage au bout de la nuit : premier roman de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline – de son vrai nom Louis Ferdinand Destouches (1894-1961) –, publié en 1932.

Le roman, connu pour son style, imité de la langue parlée et teinté d'argot s'inspire de la vie de Céline, à travers son personnage principal Ferdinand Bardamu : comme son personnage, Céline a participé à la Première Guerre mondiale, il fut médecin, il voyagea en Amérique et dans les colonies.

 

Extrait étudié : 

Durant son séjour en Amérique, Bardamu découvre le fordisme > les usines de construction de voitures à la chaîne.

 

I- Entrée à l’usine

NB : Bardamu, docteur en médecine, arrive dans l’usine où il est embauché.

            A- Faire, et ne pas penser

• Montrez que le travail décrit est un travail qui ne demande que de l’exécution de gestes.

Toute pensée, toute réflexion est bannie.

Cf. « Ça ne vous servira à rien ici vos études » ; « pas venu ici pour penser » ; « Ne me parlez plus jamais de votre intelligence ! »…

Cf. « C'est de chimpanzés » > ils veulent des animaux, pas des hommes.

• C’est un univers où l’on doit faire ce qu’il nous est demandé de faire.

Cf. « pour faire les gestes qu'on vous commandera d'exécuter » > ordre.

Cf. « On pensera pour vous mon ami ! » > l’ouvrier doit exécuter, il ne doit pas penser.

• Bardamu a envie de s’intégrer.

Cf. « Je tenais à passer désormais pour un petit peinard. »