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SUJET : Céline, Voyage au bout de la nuit – Serais-je donc le seul lâche sur la terre ?... | Commentaires composés | Céline | roman

Commentaires composés | Céline | roman

Céline, Voyage au bout de la nuit – Serais-je donc le seul lâche sur la terre ?...

 L.F. Céline, Voyage au bout de la nuit – Serais-je donc le seul lâche sur la terre ?...

 

 

Serais-je donc le seul lâche sur la terre ? pensais-je. Et avec quel effroi ! …Perdu parmi deux millions de fous héroïques et déchaînés et armés jusqu'aux cheveux ? Avec casques, sans casques, sans chevaux, sur motos, hurlants, en autos, sifflants, tirailleurs, comploteurs, volants, à genoux, creusant, se défilant, caracolant dans les sentiers, pétaradant, enfermés sur la terre comme dans un cabanon, pour y tout détruire, Allemagne, France et Continents, tout ce qui respire, détruire, plus enragés que les chiens, adorant leur rage (ce que les chiens ne font pas), cent, mille fois plus enragés que mille chiens et tellement plus vicieux ! Nous étions jolis ! Décidément, je le concevais, je m'étais embarqué dans une croisade apocalyptique.

On est puceau de l'Horreur comme on l'est de la volupté. Comment aurais-je pu me douter moi de cette horreur en quittant la place Clichy ? Qui aurait pu prévoir, avant d'entrer vraiment dans la guerre, tout ce que contenait la sale âme héroïque et fainéante des hommes ? A présent, j'étais pris dans cette fuite en masse, vers le meurtre en commun, vers le feu…Ça venait des profondeurs et c'était arrivé.

Le colonel ne bronchait toujours pas, je le regardais recevoir, sur le talus, des petites lettres du général qu'il déchirait ensuite menu, les ayant lues sans hâte, entre les balles. Dans aucune d'elles, il n'y avait donc l'ordre d'arrêter net cette abomination ? On ne lui disait donc pas d'en haut qu'il y avait méprise ? Abominable erreur ? Maldonne ? Qu'on s'était trompé ? Que c'était des manœuvres pour rire qu'on avait voulu faire, et pas des assassinats ! Mais non ! « Continuez, colonel, vous êtes dans la bonne voie ! » Voilà sans doute ce que lui écrivait le général des Entrayes, de la division, notre chef à tous, dont il recevait une enveloppe chaque cinq minutes, par un agent de liaison, que la peur rendait chaque fois un peu plus vert et foireux. J'en aurais fait mon frère peureux de ce garçon-là ! Mais on n'avait pas le temps de fraterniser non plus.

Donc pas d'erreur ? Ce qu'on faisait à se tirer dessus, comme ça, sans même se voir, n'était pas défendu ! Cela faisait partie des choses qu'on peut faire sans mériter une bonne engueulade. C'était même reconnu, encouragé sans doute par les gens sérieux, comme le tirage au sort, les fiançailles, la chasse à courre ! … Rien à dire. Je venais de découvrir d'un coup la guerre tout entière. J'étais dépucelé. Faut être à peu près seul devant elle comme je l'étais à ce moment-là pour bien la voir la vache, en face et de profil. On venait d'allumer la guerre entre nous et ceux d'en face, et à présent ça brûlait ! Comme le courant entre les deux charbons, dans la lampe à arc. Et il n'était pas près de s'éteindre le charbon ! On y passerait tous, le colonel comme les autres, tout mariole qu'il semblerait être, et sa carne ne ferait pas plus de rôti que la mienne quand le courant d'en face lui passerait entre les deux épaules.

Il y a bien des façons d'être condamné à mort. Ah ! combien n'aurais-je pas donné à ce moment-là pour être en prison au lieu d'être ici, moi crétin ! Pour avoir, par exemple, quand c'était si facile, prévoyant, volé quelque chose, quelque part, quand il en était temps encore. On ne pense à rien ! De la prison, on en sort vivant, pas de la guerre. Tout le reste, c'est des mots.

Si seulement j'avais encore eu le temps, mais je ne l'avais plus ! Il n'y avait plus rien à voler !

 

Extrait du corrigé

Voyage au bout de la nuit : premier roman de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline – de son vrai nom Louis Ferdinand Destouches (1894-1961) –, publié en 1932.

Le roman, connu pour son style, imité de la langue parlée et teinté d'argot s'inspire de la vie de Céline, à travers son personnage principal Ferdinand Bardamu : comme son personnage, Céline a participé à la Première Guerre mondiale, il fut médecin, il voyagea en Amérique et dans les colonies.

 

Extrait étudié : Bardamu est confronté à la guerre.

Quelle vision des combats est donnée dans cet extrait ?

 

I- Le soldat Bardamu au milieu des combats

            A- La peur

• Bardamu est au milieu des combats.

Son premier sentiment est celui de la peur.

Cf. « Serais-je donc le seul lâche sur la terre ? pensais-je. Et avec quel effroi ! … »

> Normalement les récits sur la guerre évoquent des guerriers plein de fougue et de courage.

Bardamu avoue avoir peur.

• En outre, il ne comprend pas pourquoi il est là.

Cf. « Perdu parmi… » > se sent étranger à ce monde.

Cf. « j'étais pris dans cette fuite en masse » > passif. Il n’a pas choisi d’être là.

Cf. « Ah ! combien n'aurais-je pas donné à ce moment-là pour être en prison au lieu d'être ici, moi crétin ! »