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SUJET : Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses, Lettre CLXXIII Madame de Volanges à Madame de Rosemonde J’allais fermer ma lettre... | Commentaires composés | Laclos | Roman épistolaire

Commentaires composés | Laclos | Roman épistolaire

Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses, Lettre CLXXIII Madame de Volanges à Madame de Rosemonde J’allais fermer ma lettre...
Lettre 173

Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre CVXXIII (173) – J’allais fermer ma lettre, quand

 

Madame de Volanges à Madame de Rosemonde.

[…]

J’allais fermer ma lettre, quand un homme de ma connaissance est venu me voir, et m’a raconté la cruelle scène que madame de Merteuil a essuyée avant-hier. Comme je n’ai vu personne tous ces jours derniers, je n’en avais rien su jusqu’à ce moment ; en voilà le récit, tel que je le tiens d’un témoin oculaire.

Madame de Merteuil, en arrivant de la campagne, avant-hier jeudi, s’est fait descendre à la Comédie Italienne, où elle avait sa loge ; elle y était seule, et, ce qui dut lui paraître extraordinaire, aucun homme ne s’y présenta pendant tout le spectacle. À la sortie, elle entra, suivant son usage, au petit salon, qui était déjà rempli de monde ; sur-le-champ il s’éleva une rumeur, mais dont apparemment elle ne se crut pas l’objet. Elle aperçut une place vide sur l’une des banquettes, et elle alla s’y asseoir ; mais aussitôt toutes les femmes qui y étaient déjà se levèrent comme de concert, et l’y laissèrent absolument seule. Ce mouvement marqué d’indignation générale fut applaudi de tous les hommes, et fit redoubler les murmures, qui, dit-on, allèrent jusqu’aux huées.

Pour que rien ne manquât à son humiliation, son malheur voulut que M. de Prévan, qui ne s’était montré nulle part depuis son aventure, entrât dans le même moment dans le petit salon. Dès qu’on l’aperçut, tout le monde, hommes et femmes, l’entoura et l’applaudit ; et il se trouva, pour ainsi dire, porté devant Mme de Merteuil, par le public qui faisait cercle autour d’eux. On assure que Madame de Merteuil a conservé l’air de ne rien voir et de ne rien entendre, et qu’elle n’a pas changé de figure ! mais je crois ce fait exagéré. Quoi qu’il en soit, cette situation, vraiment ignominieuse pour elle, a duré jusqu’au moment où on a annoncé sa voiture ; et à son départ, les huées scandaleuses ont encore redoublé. Il est affreux de se trouver parente de cette femme. M. de Prévan a été, le même soir, fort accueilli de tous ceux des officiers de son corps qui se trouvaient là, et on ne doute pas qu’on ne lui rende bientôt son emploi et son rang.

 

La même personne qui m’a fait ce détail m’a dit que Mme de Merteuil avait pris la nuit suivante une très forte fièvre, qu’on avait cru d’abord être l’effet de la situation violente où elle s’était trouvée ; mais qu’on sait, depuis hier au soir, que la petite vérole s’est déclarée, confluente et d’un très mauvais caractère. En vérité, ce serait, je crois, un bonheur pour elle d’en mourir. On dit encore que toute cette aventure lui fera peut-être beaucoup de tort pour son procès, qui est près d’être jugé, et dans lequel on prétend qu’elle avait besoin de beaucoup de faveur.

Adieu, ma chère et digne amie. Je vois bien dans tout cela les méchants punis ; mais je n’y trouve nulle consolation pour leurs malheureuses victimes.

 

Paris, ce 18 décembre 17…

 

 

 

Extrait du corrigé :

 

Pierre Ambroise François Choderlos de Laclos (1741-1803) : militaire, auteur d’une seule œuvre, très célèbre Les Liaisons dangereuses dont l’objectif était de « faire un ouvrage qui sortît de la route ordinaire, qui fît du bruit, et qui retentît encore sur la terre quand j’y aurais passé ».

 

Les Liaisons dangereuses : roman épistolaire écrit en 1782 => narre le duel pervers et libertin de deux membres de la noblesse française du siècle des Lumières, la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont.

 

 

Texte étudié : lettre 173, on se rapproche de la fin du roman.

> Rappelez que Madame de Merteuil est en si mauvaise posture.

 

Problématique : comment est raconté le désaveu de la marquise de Merteuil ?

 

I- Une scène racontée

A- Un discours rapporté

• Montrez qu’il s’agit d’un récit de récit > Mme de Volanges raconte une scène à Mme de Rosemonde.

Cf. « voilà le récit, tel que je le tiens d’un témoin oculaire. »

Cf. « La même personne qui m’a fait ce détail m’a dit que… »

• Soulignez qu’il s’agit d’un récit rapporté.

Cf. « On dit », « on prétend », « on assure »…

- La narratrice émet des suppositions.

Ex : « ce qui dut lui paraitre extraordinaire »