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SUJET : Diderot, La Religieuse - Quelle grâce faut-il que je demande à Dieu ?... | Commentaires composés | Diderot | roman

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Diderot, La Religieuse - Quelle grâce faut-il que je demande à Dieu ?...

 « Quelle grâce faut-il que je demande à Dieu ? » On me répondit :
« Demandez-lui pardon des péchés de toute votre vie ; parlez-lui comme si vous étiez au moment de comparaître devant lui. »
A ces mots, je crus qu’elles avaient tenu conseil, et qu’elles avaient résolu de se défaire de moi. J’avais bien entendu dire que cela se pratiquait quelquefois dans les couvents de certains religieux, qu’ils jugeaient, qu’ils condamnaient et qu’ils suppliciaient. Je ne croyais pas qu’on eût jamais exercé cette inhumaine juridiction dans aucun couvent de femmes ; mais il y avait tant d’autres choses que je n’avais pas devinées et qui s’y passaient ! A cette idée de mort prochaine, je voulus crier ; mais ma bouche était ouverte, et il n’en sortait aucun son ; j’avançais vers la supérieure des bras suppliants, et mon corps défaillant se renversait en arrière ; je tombai, mais ma chute ne fut pas dure. Dans ces moments de transe où la force abandonne, insensiblement les membres se dérobent, s’affaissent, pour ainsi dire, les uns sur les autres ; et la nature, ne pouvant se soutenir, semble chercher à défaillir mollement. Je perdis la connaissance et le sentiment ; j’entendais seulement bourdonner autour de moi des voix confuses et lointaines ; soit qu’elles parlassent, soit que les oreilles me tintassent, je ne distinguais rien que ce tintement qui durait. Je ne sais combien je restai dans cet état, mais j’en fus tirée par une fraîcheur subite qui me causa une convulsion légère, et qui m’arracha un profond soupir. J’étais traversée d’eau ; elle coulait de mes vêtements à terre ; c’était celle d’un grand bénitier qu’on m’avait répandue sur le corps. J’étais couchée sur le côté, étendue dans cette eau, la tête appuyée contre le mur, la bouche entrouverte et les yeux à demi morts et fermés ; je cherchai à les ouvrir et à regarder ; mais il me sembla que j’étais enveloppée d’un air épais, à travers lequel je n’entrevoyais que des vêtements flottants, auxquels je cherchais à m’attacher sans le pouvoir. Je faisais effort du bras sur lequel je n’étais pas soutenue ; je voulais le lever, mais je le trouvais trop pesant ; mon extrême faiblesse diminua peu à peu, je me soulevai ; je m’appuyai le dos contre le mur ; j’avais les deux mains dans l’eau, la tête penchée sur la poitrine ; et je poussais une plainte inarticulée, entrecoupée et pénible. Ces femmes me regardaient d’un air qui marquait la nécessité, l’inflexibilité et qui m’ôtait le courage de les implorer. La supérieure dit : « Qu’on la mette debout. »
On me prit sous les bras, et l’on me releva. Elle ajouta :
« Puisqu’elle ne veut pas se recommander à Dieu, tant pis pour elle ; vous savez ce que vous avez à faire ; achevez. »
Je crus que ces cordes qu’on avait apportées étaient destinées à m’étrangler ; je les regardai, mes yeux se remplirent de larmes. Je demandai le crucifix à baiser, on me le refusa. Je demandai les cordes à baiser, on me les présenta. Je me penchai, je pris le scapulaire de la supérieure, et je le baisai ; je dis :
« Mon Dieu, ayez pitié de moi ! Mon Dieu, ayez pitié de moi ! Chères sœurs, tâchez de ne pas me faire souffrir. »
Et je présentai mon cou.
Je ne saurais vous dire ce que je devins, ni ce qu’on me fit : il est sûr que ceux qu’on mène au supplice, et je m’y croyais, sont morts avant que d’être exécutés. Je me trouvai sur la paillasse qui me servait de lit, les bras liés derrière le dos, assise, avec un grand christ de fer sur mes genoux…