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SUJET : Cohen, Belle du Seigneur - Resté seul, il soupira... | Commentaires composés | Cohen | roman

Commentaires composés | Cohen | roman

Cohen, Belle du Seigneur - Resté seul, il soupira...
chapitre LXXXVI

Albert Cohen, Belle du Seigneur, chapitre LXXXVII – Resté seul, il soupira…

            Resté seul, il soupira. II la voyait nue chaque jour, et elle croyait devoir le vouvoyer. La pauvre, elle se voulait une amante idéale, faisait de son mieux pour conserver un climat de passion. Enfin, elle était allée s'habiller, bonne affaire. Dix minutes d'irresponsabilité. Toujours bon à prendre. Oui, mais lorsqu'elle reviendrait, elle poserait la question fatidique, épée de Damoclès, lui demanderait quels étaient les projets pour l'après-midi, après l'équitation. Quels nouveaux plaisirs inventer pour camoufler leur solitude ? Il n'y en avait pas de nouveaux. Toujours les mêmes substituts du social4, les mêmes pauvres bonheurs à la portée des bannis, les théâtres, les cinémas, les roulettes de casinos, les courses de chevaux, les tirs aux pigeons, les thés dansants, les achats de robes, les cadeaux. Et toujours, à la fin de ces expéditions à Cannes, à Nice, à Monte-Carlo, c'était le dîner raffiné cafardeux, et il fallait parler, trouver de nouveaux sujets, et il n'y en avait plus. Tous les sujets d'Ariane, il les connaissait, savait par cœur l'âme d'élite de la chatte Mousson, la personnalité charmante de la chouette Magali, et tous les redoutables souvenirs d'enfance, le petit chant qu'elle avait inventé, et le rythme de la gouttière, et les gouttes tombant sur la tente de toile orange, et les expéditions à Annemasse pour voir les catholiques, et les déclamations au grenier avec sa sœur, et tout le reste, toujours avec les mêmes mots. On ne pouvait tout de même pas rabâcher ça éternellement. Alors quoi ? Alors, on commentait les dîneurs. Eh oui, ne fréquentant plus personne et ne pouvant plus commenter des amis, agréable occupation des sociaux, ni parler d'une activité quelconque, puisque ignominieusement chassé comme avait dit la Forbes, il fallait tout de même nourrir la conversation puisqu'on était des mammifères amoureux à langage articulé. Alors voilà, on commentait des dîneurs inconnus, on tâchait de deviner leur profession, leur caractère, leurs sentiments réciproques. Tristes passe-temps des solitaires, espions et psychologues malgré eux. Et quand on avait fini l'exégèse de ces inconnus désirables, inaccessibles et méprisés, II fallait trouver autre chose. Alors on discutait de la robe achetée ou des personnages des romans qu'elle lui lisait le soir. S'apercevait-elle de leur tragédie ? Non, elle était une femme bien, ferme en son propos d'amour.

 

Extrait du corrigé : 

Albert Cohen : auteur suisse romand d'expression française, il est né à Corfou, 16 août 1895 et est mort à Genève le 17 octobre 1981. Poète, écrivain et dramaturge, son œuvre a été fortement influencée par ses racines juives.

 

            Belle du Seigneur : roman publié en 1968 qui constitue le troisième volet d'une tétralogie commençant avec Solal (1930) et Mangeclous (1938), s'achevant avec Les Valeureux en 1969 (roman qui, à l'origine, faisait partie intégrante de Belle du Seigneur).       

            Ce roman considéré comme le chef-d'œuvre de l'écrivain a été couronné par le Grand prix du roman de l'Académie française.

 

            Le récit se déroule en Europe, durant l'Entre-deux-guerres et raconte la vie de Solal, né dans une famille juive de la petite île de Céphalonie. Jeune, beau, mystérieux, d'une intelligence rare, il n'a aucun mal à séduire les femmes qui l'entourent, mais un jour, il découvre une sublime jeune femme, Ariane, femme d'Adrien Deume, son subordonné à la SDN, et en tombe follement amoureux…

Extrait étudié :

            Ariane a quitté son mari, un homme médiocre, pour vivre le grand amour avec Solal. Exclus de la bonne société, les amants se sont retirés dans un luxueux hôtel de la Côte d'Azur. Une nouvelle journée commence.

 

I- Réflexions de Solal

            A- Solitude et pensées

• Discours indirect libre => le lecteur suit les pensées du personnage.

- « Resté seul, il soupira » > il = Solal.

- « Elle » > Ariane.

• « il soupira » > cela n’est pas de bon augure. Déjà déçu ? lassé ?

• « Enfin, elle était allée s'habiller, bonne affaire » :

- « Enfin » > signe de délivrance ?

- « bonne affaire » > ironie.

> Ariane s’est absentée le temps de se préparer (« Dix minutes »).

=> Donc à ce moment, Solal est seul et réfléchit à sa situation.