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SUJET : Queneau, Zazie dans le métro, chapitre 2 - Alors, petite, qu'il dit comme ça, comme ça on va se coucher? | Commentaires composés | Queneau | roman

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Queneau, Zazie dans le métro, chapitre 2 - Alors, petite, qu'il dit comme ça, comme ça on va se coucher?

 Alors, petite, qu'il dit comme ça, comme ça on va se coucher?
-Qui ça "on"? demanda-t-elle
-Eh bien toi, toi bien sur, répondit Gabriel tombant dans le piège. A quelle heure tu te couchais la-bas? 
-Ici et la-bas ça fait deux, j'espère.
-Oui, dit Gabriel compréhensif.
-C'est pourquoi qu'on me laisse ici, c'est pour que ça soit pas comme la-bas. Non?
-Oui.
-Tu dit oui comme ça ou bien tu le penses vraiment?
Gabriel se tourna vers Marceline qui souriait :
-Tu vois comment ça raisonne déjà bien une mouflette de cet âge? On se demande pourquoi c'est la peine de les envoyer a l'école.
-Moi, déclara Zazie, je veux aller a l'école jusqu'a soixante-cinq ans.
-Jusqu'a soixante-cinq ans? répéta Gabriel un chouïa surpris.
-OUi, dit Zazie, je veux être institutrice.
-Ce n'est pas un mauvais métier, dit doucement Marceline, Y a la retraite.
Elle ajouta ça automatiquement parce qu'elle connaissait bien la langue française.
-Retraite mon cul, dit Zazie. Moi c'est pas pour la retraite que je veux être institutrice. 
-Non bien sur, dit Gabriel, sans doute.
-Alors c'est pourquoi? demanda Zazie.
-Tu vas nous expliquer ça.
-Tu trouverais pas tout seul, hein?
-Elle est quand même fortiche la jeunesse d'aujourd'hui, dit Gabriel a Marceline.
Et à Zazie:
-Alors? Pourquoi tu veux être l'erre, institutrice? 
-Pour faire chier les nomes, répondit Zazie. Ceux qu'auront mon âge dans dix ans, dans vingt ans, dans cinquante ans, dans cent ans, dans mille ans, toujours des gosses a emmerder.
-Eh bien, dit Gabriel.
-Je serai vache comme tout avec elles, Je leur ferai lécher le parquet. Je leur ferai manger l'éponge du tableau noir. Je leur enfoncerai des compas dans le derrière. Je leur botterai les fesses. Parce que je porterai des bottes. En hiver. Hautes comme ça (geste). Avec des grands éperons pour leur larder la chair du derche. 
-Tu sais, dit Gabriel avec calme, d'après ce que disent les journaux, c'est pas du tout dans ce sens la que s'oriente l'éducation moderne. C'est même tout le contraire. On va vers la douceur, la compréhension, la gentillesse. N'est-ce pas Marceline, qu'on dit ça dans le journal?
-Oui, répondit doucement Marceline. Mais toi, Zazie, est-ce qu'on t;a brutalisée a l'école? 
-Il aurait pas fallu voir.
-D'ailleurs, dit Gabriel, dans vingt ans, y'aura plus d'institutrices: elles seront remplacées par le cinema, la tévé, l'électronique, des trucs comme ça. C'était aussi écrit dans le journal l'autre jour.
N'est-ce pas Marceline?
-Oui, répondit doucement Marceline.