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SUJET : Cohen, Belle du Seigneur - Il lui sourit, et elle eut un tremblement, baissa les yeux... | Commentaires composés | Cohen | roman

Commentaires composés | Cohen | roman

Cohen, Belle du Seigneur - Il lui sourit, et elle eut un tremblement, baissa les yeux...

Cohen, Belle du Seigneur - Il lui sourit, et elle eut un tremblement, baissa les yeux...

 

              Il lui sourit, et elle eut un tremblement, baissa les yeux.

              Atroce, ce sourire sans dents. Atroces, ces mots d'amour hors de cette bouche vide. Il fit un pas en avant, et elle sentit le danger proche. Ne pas le contrarier, dire tout ce qu'il voudra, et qu'il parte, mon Dieu, qu'il parte.

              - Devant toi, me voici, dit-il, me voici, un vieillard, mais de toi attendant le miracle. Me voici, faible et pauvre, blanc de barbe, et deux dents seulement, mais nul ne t'aimera et ne te connaîtra comme je t'aime et te connais, ne t'honorera d'un tel amour. Deux dents seulement, je te les offre avec mon amour, veux-tu de mon amour?

              - Oui, dit-elle, et elle humecta ses lèvres sèches, essaya un sourire.

              - Gloire à Dieu, dit-il, gloire en vérité, car voici celle qui rachète toutes les femmes, voici la première humaine!

              Ridiculement, il plia le genou devant elle, puis il se leva et il alla vers elle et leur premier baiser, alla avec son noir sourire de vieillesse, les mains tendues vers celle qui rachetait toutes les femmes, la première humaine, qui soudain recula, recula avec un cri rauque, cri d'épouvante et de haine, heurta la table de chevet, saisit le verre vide, le lança contre la vieille face. Il porta la main à sa paupière, essuya le sang, considéra le sang sur sa main, et soudain il eut un rire, et il frappa du pied.

              - Tourne-toi, idiote! dit-il.

              Elle obéit, se tourna, resta immobile avec la peur de recevoir une balle dans la nuque, cependant qu'il ouvrait les rideaux, se penchait à la fenêtre, portait deux doigts à ses lèvres, sifflait. Puis il se débarrassa du vieux manteau et de la toque de fourrure, ôta la fausse barbe, détacha le sparadrap noir qui recouvrait les dents, ramassa la cravache derrière les rideaux.

              - Retourne-toi, ordonna-t-il.

              Dans le haut cavalier aux noirs cheveux désordonnés, au visage net et lisse, sombre diamant, elle reconnut celui que son mari lui avait, en chuchotant, montré de loin, à la réception brésilienne.

              - Oui, Solal et du plus mauvais goût, sourit-il à belles dents.

              Bottes ! montra-t-il, et de joie il cravacha sa botte droite. Et il y a un cheval qui m'attend dehors! Il y avait même deux chevaux! Le second était pour toi, idiote, et nous aurions chevauché à jamais l'un près de l'autre, jeunes et pleins de dents, j'en ai trente-deux, et impeccables, tu peux vérifier et les compter, ou même je t'aurais emportée en croupe, glorieusement vers le bonheur qui te manque! Mais je n'ai plus envie maintenant, et ton nez est soudain trop grand, et de plus il luit comme un phare, et c'est tant mieux, et je vais partir! Mais d'abord, femelle, écoute! Femelle, je te traiterai en femelle, et c'est bassement que je te séduirai, comme tu le mérites et comme tu le veux. À notre prochaine rencontre, et ce sera bientôt, en deux heures je te séduirai par les moyens qui leur plaisent à toutes, les sales, sales moyens, et tu tomberas en grand imbécile amour, et ainsi vengerai-je les vieux et les laids, et tous les naïfs qui ne savent pas vous séduire, et tu partiras avec moi, extasiée et les yeux frits !

 

 

 Extrait du corrigé

     Albert Cohen : auteur suisse romand d'expression française, il est né à Corfou, 16 août 1895 et est mort à Genève le 17 octobre 1981. Poète, écrivain et dramaturge, son œuvre a été fortement influencée par ses racines juives.

 

     Belle du Seigneur : roman publié en 1968 qui constitue le troisième volet d'une tétralogie commençant avec Solal (1930) et Mangeclous (1938), s'achevant avec Les Valeureux en 1969 (roman qui, à l'origine, faisait partie intégrante de Belle du Seigneur).

Ce roman considéré comme le chef-d'œuvre de l'écrivain a été couronné par le Grand prix du roman de l'Académie française.

 

     Le récit se déroule en Europe, durant l'Entre-deux-guerres et raconte la vie de Solal, né dans une famille juive de la petite île de Céphalonie. Jeune, beau, mystérieux, d'une intelligence rare, il n'a aucun mal à séduire les femmes qui l'entourent, mais un jour, il découvre une sublime jeune femme, Ariane, femme d'Adrien Deume, son subordonné à la SDN, et en tombe follement amoureux…

 

              Extrait étudié :

Brillant et riche diplomate, Solal vient de s’introduire dans la chambre d'Ariane, épouse d'un modeste fonctionnaire, qu'il a rencontrée lors d'une soirée. Il est alors grimé en affreux vieillard et lui fait une déclaration d’amour.

 

I- La déclaration d’un vieillard

              A- Une effrayante apparition

• Solal a un aspect peu agréable et une bouche repoussante > bouche édentée.

Cf. « ce sourire sans dents » ; « cette bouche vide » ; « deux dents seulement »…

Cf. l’anaphore de « Atroce ».

• Paradoxe : ce vieillard hideux et repoussant fait une déclaration d’amour.

Effet produit > la peur.

Cf. « elle sentit le danger proche ».

Cf. le discours indirect libre (> paroles qui doivent résonner dans la tête de la jeune femme) « Ne pas le contrarier, dire tout ce qu'il voudra, et qu'il parte, mon Dieu, qu'il parte. ».

Cf. « sourit » / « tremblement » > son sourire est effrayant. Il fait peur.

• Solal tutoie la jeune femme. Il s’adresse à elle et se présente.

Cf. la répétition « me voici » ; « Me voici ».

∆) Sous son déguisement, Solal est effrayant.