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SUJET : Agrippa d'Aubigné, France, mère affligée... | Commentaires composés | Agrippa d'Aubigné | Poésie

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Commentaires composés | Agrippa d'Aubigné | Poésie

Agrippa d'Aubigné, France, mère affligée...

 France, mère affligée…

Je veux peindre la France une mère affligée, 
Qui est, entre ses bras, de deux enfants chargée. 
Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts 
Des tétins nourriciers ; puis, à force de coups 
D'ongles, de poings, de pieds, il brise le partage 
Dont nature donnait à son besson l'usage ; 
Ce voleur acharné, cet Esau malheureux, 
Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux, 
Si que, pour arracher à son frère la vie, 
Il méprise la sienne et n'en a plus d'envie. 
Mais son Jacob, pressé d'avoir jeûné meshui, 
Ayant dompté longtemps en son cœur son ennui, 
A la fin se défend, et sa juste colère 
Rend à l'autre un combat dont le champ est la mère. 
Ni les soupirs ardents, les pitoyables cris, 
Ni les pleurs réchauffés ne calment leurs esprits ; 
Mais leur rage les guide et leur poison les trouble, 
Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble. 
Leur conflit se rallume et fait si furieux 
Que d'un gauche malheur ils se crèvent les yeux. 
Cette femme éplorée, en sa douleur plus forte, 
Succombe à la douleur, mi-vivante, mi-morte ; 
Elle voit les mutins, tout déchirés, sanglants, 
Qui, ainsi que du cœur, des mains se vont cherchant. 
Quand, pressant à son sein d'une amour maternelle 
Celui qui a le droit et la juste querelle, 
Elle veut le sauver, l'autre, qui n'est pas las, 
Viole en poursuivant, l'asile de ses bras. 
Adonc se perd le lait, le suc de sa poitrine ; 
Puis, aux derniers abois de sa proche ruine, 
Elle dit : " Vous avez, félons, ensanglanté 
Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ; 
Or, vivez de venin, sanglante géniture, 
Je n'ai plus que du sang pour votre nourriture ! "