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SUJET : François Maynard, La belle vieille | Commentaires composés | Poésie

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Commentaires composés | Poésie

François Maynard, La belle vieille

 François Maynard (1582-1646) « La belle Vieille »

Cloris, que dans mon temps j'ai si longtemps servie  
Et que ma passion montre à tout l'univers, 
Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie 
Et donner de beaux jours à mes derniers hivers ?

N'oppose plus ton deuil au bonheur où j'aspire. 
Ton visage est-il fait pour demeurer voilé ? 
Sors de ta nuit funèbre, et permets que j'admire 
Les divines clartés des yeux qui m'ont brûlé.

Où s'enfuit ta prudence acquise et naturelle ? 
Qu'est-ce que ton esprit a fait de sa vigueur ? 
La folle vanité de paraître fidèle 
Aux cendres d'un jaloux, m'expose à ta rigueur.

Eusses-tu fait le voeu d'un éternel veuvage 
Pour l'honneur du mari que ton lit a perdu 
Et trouvé des Césars dans ton haut parentage, 
Ton amour est un bien qui m'est justement dû.

Qu'on a vu revenir de malheurs et de joies, 
Qu'on a vu trébucher de peuples et de rois, 
Qu'on a pleuré d'Hectors, qu'on a brûlé de Troies 
Depuis que mon courage a fléchi sous tes lois !

Ce n'est pas d'aujourd'hui que je suis ta conquête, 
Huit lustres ont suivi le jour que tu me pris, 
Et j'ai fidèlement aimé ta belle tête 
Sous des cheveux châtains et sous des cheveux gris.

C'est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ; 
C'est de leurs premiers traits que je fus abattu ; 
Mais tant que tu brûlas du flambeau d'hyménée, 
Mon amour se cacha pour plaire à ta vertu.

Je sais de quel respect il faut que je t'honore 
Et mes ressentiments ne l'ont pas violé. 
Si quelquefois j'ai dit le soin qui me dévore, 
C'est à des confidents qui n'ont jamais parlé.

Pour adoucir l'aigreur des peines que j'endure 
Je me plains aux rochers et demande conseil 
A ces vieilles forêts dont l'épaisse verdure 
Fait de si belles nuits en dépit du soleil.

L'âme pleine d'amour et de mélancolie 
Et couché sur des fleurs et sous des orangers, 
J'ai montré ma blessure aux deux mers d'Italie 
Et fait dire ton nom aux échos étrangers.

Ce fleuve impérieux à qui tout fit hommage 
Et dont Neptune même endure le mépris, 
A su qu'en mon esprit j'adorais ton image 
Au lieu de chercher Rome en ses vastes débris.

Cloris, la passion que mon coeur t'a jurée 
Ne trouve point d'exemple aux siècles les plus vieux. 
Amour et la nature admirent la durée 
Du feu de mes désirs et du feu de tes yeux.

La beauté qui te suit depuis ton premier âge 
Au déclin de tes jours ne veut pas te laisser, 
Et le temps, orgueilleux d'avoir fait ton visage, 
En conserve l'éclat et craint de l'effacer.

Regarde sans frayeur la fin de toutes choses, 
Consulte le miroir avec des yeux contents. 
On ne voit point tomber ni tes lys, ni tes roses, 
Et l'hiver de ta vie est ton second printemps.