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SUJET : Le Clézio, Désert - La gare, c'est aussi un des endroits où on peut voir sans être vu... | Commentaires composés | Le Clézio

Commentaires composés | Le Clézio

Le Clézio, Désert - La gare, c'est aussi un des endroits où on peut voir sans être vu...

              Le Clézio, Désert - La gare, c'est aussi un des endroits où on peut voir sans être vu...

 

              La gare, c'est aussi un des endroits où on peut voir sans être vu, parce qu'il y a trop d'agitation et de hâte pour qu'on fasse attention à qui que ce soit. Il y a des gens de toutes sortes dans la gare, des méchants, des violents à la tête cramoisie, des gens qui crient à tue-tête ; il y a des gens très tristes et très pauvres aussi, des vieux perdus, qui cherchent avec angoisse le quai d'où part leur train, des femmes qui ont trop d'enfants et qui clopinent avec leur cargaison le long des wagons trop hauts. Il y a tous ceux que la pauvreté a conduits ici, les Noirs débarqués des bateaux, en route vers les pays froids, vêtus de chemisettes bariolées, avec pour tout bagage un sac de plage ; les Nord-Africains, sombres, couverts de vieilles vestes, coiffés de bonnets de montagne ou de casquettes à oreillettes ; des Turcs, des Espagnols, des Grecs, tous l'air inquiet et fatigué, errant sur les quais dans le vent, se cognant les uns aux autres au milieu de la foule des voyageurs indifférents et des militaires goguenards.

              Lalla les regarde, à peine cachée entre la cabine du téléphone et le panneau d'affichage. Elle est bien enfoncée dans l'ombre, son visage couleur de cuivre protégé par le col de son manteau. Mais de temps en temps, son cœur bat plus vite, et ses yeux jettent un éclat de lumière, comme le reflet du soleil sur les pierres du désert. Elle regarde ceux qui s'en vont vers d'autres villes, vers la faim, le froid, le malheur, ceux qui vont être humiliés, qui vont vivre dans la solitude. Ils passent, un peu courbés, les yeux vides, les vêtements déjà usés par les nuits à coucher par terre, pareils à des soldats vaincus.

              Ils vont vers les villes noires, vers les ciels bas, vers les fumées, vers le froid, la maladie qui déchire la poitrine. Ils vont vers leurs cités dans les terrains de boue, en contrebas des autoroutes, vers les chambres creusées dans la terre, pareilles à des tombeaux, entourées de hauts murs et de grillages. Peut-être qu'ils ne reviendront pas, ces hommes, ces femmes, qui passent comme des fantômes, en traînant leurs bagages et leurs enfants trop lourds, peut-être qu'ils vont mourir dans ces pays qu'ils ne connaissent pas, loin de leurs villages, loin de leurs familles ? Ils vont dans ces pays étrangers qui vont prendre leur vie, qui vont les broyer et les dévorer. Lalla reste immobile dans son coin d'ombre, et sa vue se brouille, parce que c'est cela qu'elle pense. Elle voudrait tant s'en aller, marcher à travers les rues de la ville jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de maisons, plus de jardins, même plus de routes, ni de rivage, mais un sentier, comme autrefois, qui irait en s'amenuisant jusqu'au désert.

 

 

Extrait du corrigé

Jean-Marie Gustave Le Clézio (souvent abrégé J.M.G. Le Clézio) : écrivain né le 13 avril 1940 à Nice et grand voyageur qui parcourt de nombreux pays dans le monde, sur les cinq continents, mais qui vit principalement à Albuquerque (Nouveau Mexique), à Nice et à Paris.

En 2008, il reçoit le prix Nobel de littérature, pour l'ensemble de son œuvre

 

Désert : roman de Le Clézio publié en 1980. Roman couronné du grand prix de littérature Paul-Morand de l'Académie française.

Roman qui évoque la chevauchée que font des nomades du désert marocain en allant vers Agadir > y seront vaincus et décimés par la puissance colonisatrice.

 

Lalla est à la gare et observe la foule qui y passe.

 

 

I- Une gare

              A- Une fourmilière

• La gare est une nébuleuse, une fourmilière.

Ex : « trop d'agitation et de hâte » ; « Il y a des gens de toutes sortes » ; « la foule »… => nombreuses personnes + animation, voire bouillonnement.

• C’est aussi un univers bruyant.

« crient à tue-tête 

NB : notez que les personnes de cette foule ne prêtent aucune attention aux autres.

Ex : « sans être vu, parce qu'il y a trop d'agitation et de hâte pour qu'on fasse attention à qui que ce soit. » ; « des voyageurs indifférents »…

• Montrez que les gens qui transitent dans la gare sont tous très différents.

Cf. les nationalités « les Noirs » ; « les Nord-Africains » ; « des Turcs, des Espagnols, des Grecs »…

Cf. les traits de caractère.

Ex : « des méchants, des violents à la tête cramoisie, des gens qui crient à tue-tête » > énumération.

> Notez les connotations péjoratives qui s’attachent aux descriptions.