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SUJET : Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal | Commentaires composés | Césaire | Poésie

Commentaires composés | Césaire | Poésie

Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal
Les Blancs disent que c'était un bon nègre...

 Les Blancs disent que c'était un bon nègre, un vrai bon nègre, le bon nègre à son bon maître.

Je dis hurrah !

C'était un très bon nègre,

la misère le avait blessé poitrine et dos et on avait fourré dans sa pauvre cervelle qu'une fatalité pesait

sur lui qu'on ne prend pas au collet ; qu'il n'avait pas puissance sur son propre destin ; qu'un Seigneur

méchant avait de toute éternité écrit des lois d'interdiction en sa nature pelvienne ; et d'être le bon nègre ;

de croire honnêtement à son indignité, sans curiosité perverse de vérifier jamais les hiéroglyphes fatidiques.

 

C'était un très bon nègre

 

et il ne lui venait pas à l'idée qu'il pourrait houer, fouir, couper tout, tout autre chose vraiment que la

canne insipide

 

C'était un très bon nègre.

 

Et on lui jetait des pierres, des bouts de ferraille, des tessons de bouteille, mais ni ces pierres, ni cette

ferraille, ni ces bouteilles...

O quiètes années de Dieu sur cette motte terraquée !

 

et le fouet disputa au bombillement des mouches la rosée sucrée de nos plaies.

 

Je dis hurrah ! La vieille négritude

progressivement se cadavérise

l'horizon se défait, recule et s'élargit

et voici parmi des déchirements de nuages la fulgurance d'un signe

le négrier craque de toute part... Son ventre se convulse et résonne... L'affreux ténia de sa cargaison

ronge les boyaux fétides de l'étrange nourrissons des mers !

Et ni l'allégresse des voiles gonflées comme une poche de doublons rebondie, ni les tours joués à la

sottise dangereuse des frégates policières ne l'empêchent d'entendre la menace de ses grondements

intestins

 

En vain pour s'en distraire le capitaine pend à sa grand'vergue le nègre le plus braillard ou le jette à la

mer, ou le livre à l'appétit de es molosses

 

La négraille aux senteurs d'oignon frit retrouve dans son sang répandu le goût amer de la liberté

 

Et elle est debout la négraille

 

la négraille assise

inattendument debout

debout dans la cale

debout dans les cabines

debout sur le pont

debout dans le vent

debout sous le soleil

debout dans le sang

 

 debout

 et

 libre

debout et non point pauvre folle dans sa liberté et son dénuement maritimes girant en la dérive parfaite et

la voici :

plus inattendument debout

debout dans les cordages

debout à la barra

debout à la boussole

debout à la carte

debout sous les étoiles

 

 debout

 et

 libre

 et le navire lustral s'avancer impavide sur les eaux écroulées.

 

Extrait du corrigé :  

 

Aimé Césaire : poète et homme politique français, né en Martinique. Il adhère aux idéaux surréalistes et marxistes.

 

Cahier d'un retour au pays natal :

Rédigé en 1936-1939 et publié en 1947, il s’agit d’un long texte d'une quarantaine de pages, sous forme de vers libres. Césaire apostrophe ses compatriotes pour les convaincre de renouer avec leur culture ancestrale. 

 

Poème en vers libres : Retours à la ligne réguliers. Images. Néologismes…

 

I- Inégalités 

            A- Blanc / noir

NB : pour Césaire, « nègre » n’est pas péjoratif.

• Pas de majuscule, sauf pour « Dieu », « Seigneur » et les « Blancs".