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SUJET : Molière, Amphitryon, Acte II Scène 6. | Commentaires composés | Molière | Théâtre

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Commentaires composés | Molière | Théâtre

Molière, Amphitryon, Acte II Scène 6.

 JUPITER

    Oui, vous avez raison, Alcmène, il se faut rendre.
Cette action, sans doute, est un crime odieux.
Je ne prétends plus le défendre ;
1300     Mais souffrez que mon cœur s’en défende à vos yeux ;
Et donne au vôtre à qui se prendre,
De ce transport injurieux.
À vous en faire un aveu véritable,
L’époux, Alcmène, a commis tout le mal.
1305     C’est l’époux, qu’il vous faut regarder en coupable.
L’amant n’a point de part à ce transport brutal ;
Et de vous offenser, son cœur n’est point capable.
Il a pour vous, ce cœur, pour jamais y penser,
Trop de respect, et de tendresse ;
1310     Et si de faire rien à vous pouvoir blesser,
Il avait eu la coupable faiblesse,
De cent coups à vos yeux il voudrait le percer.
Mais l’époux est sorti de ce respect soumis,
Où pour vous on doit toujours être.
1315     À son dur procédé, l’époux s’est fait connaître,
Et par le droit d’hymen, il s’est cru tout permis.
Oui, c’est lui qui, sans doute, est criminel vers vous.
Lui seul a maltraité votre aimable personne.
Haïssez, détestez l’époux ;
1320     J’y consens, et vous l’abandonne :
Mais, Alcmène, sauvez l’amant de ce courroux,
Qu’une telle offense vous donne.
N’en jetez pas sur lui l’effet.
Démêlez-le un peu du coupable ;
1325     Et pour être enfin équitable,
Ne le punissez point, de ce qu’il n’a pas fait.

ALCMÈNE
    Ah ! toutes ces subtilités
N’ont que des excuses frivoles ;
Et pour les esprits irrités,
1330     Ce sont des contre-temps [13] ,, que de telles paroles.
Ce détour ridicule est en vain pris par vous.
Je ne distingue rien en celui qui m’offense.
Tout y devient l’objet de mon courroux ;
Et dans sa juste violence,
1335     Sont confondus, et l’amant, et l’époux.
Tous deux de même sorte occupent ma pensée ;
Et des mêmes couleurs, par mon âme blessée,
Tous deux ils sont peints à mes yeux,
Tous deux sont criminels, tous deux m’ont offensée ;
1340     Et tous deux me sont odieux.

JUPITER
    Hé bien, puisque vous le voulez,
Il faut donc me charger du crime.
Oui, vous avez raison, lorsque vous m’immolez
À vos ressentiments, en coupable victime.
1345     Un trop juste dépit contre moi vous anime ;
Et tout ce grand courroux, qu’ici vous étalez,
Ne me fait endurer qu’un tourment légitime.
C’est avec droit que mon abord vous chasse ;
Et que de me fuir en tous lieux,
1350     Votre colère me menace.
Je dois vous être un objet odieux.
Vous devez me vouloir un mal prodigieux.
Il n’est aucune horreur, que mon forfait ne passe,
D’avoir offensé vos beaux yeux.
1355     C’est un crime à blesser les hommes, et les Dieux ;
Et je mérite enfin, pour punir cette audace,
Que contre moi votre haine ramasse
Tous ses traits les plus furieux :
Mais mon cœur vous demande grâce.
1360     Pour vous la demander, je me jette à genoux ;
Et la demande au nom de la plus vive flamme ;
Du plus tendre amour, dont une âme
Puisse jamais brûler pour vous.
Si votre cœur, charmante Alcmène,
1365     Me refuse la grâce, où j’ose recourir ;
Il faut qu’une atteinte soudaine,
M’arrache, en me faisant mourir,
Aux dures rigueurs d’une peine,
Que je ne saurais plus souffrir.
1370     Oui, cet état me désespère ;
Alcmène, ne présumez pas,
Qu’aimant, comme je fais, vos célestes appas,
Je puisse vivre un jour avec votre colère.
Déjà, de ces moments, la barbare longueur,
1375     Fait, sous des atteintes mortelles,
Succomber tout mon triste cœur ;
Et de mille vautours, les blessures cruelles,
N’ont rien de comparable à ma vive douleur.
Alcmène, vous n’avez qu’à me le déclarer,
1380     S’il n’est point de pardon que je doive espérer ;
Cette épée aussitôt, par un coup favorable,
Va percer à vos yeux, le cœur d’un misérable ;
Ce cœur, ce traître cœur, trop digne d’expirer,
Puisqu’il a pu fâcher un objet adorable.
1385     Heureux, en descendant au ténébreux séjour,
Si de votre courroux mon trépas vous ramène ;
Et ne laisse en votre âme, après ce triste jour,
Aucune impression de haine,
Au souvenir de mon amour.
1390     C’est tout ce que j’attends, pour faveur souveraine.