fermer le formulaire

Contact / demande de sujet :

Vous souhaitez nous contacter, nous soumettre un sujet spécifique,
laisser nous un message par le formulaire ci-dessous.

Commande Suspendue !
En raison du grand nombre de demandes, et pour pouvoir les traiter au mieux, le site est fermé.

fermer le formulaire

Vos coordonnées

Inscrivez-vous et restez informé de nos actualités.

 
fermer le formulaire

DEJA INSCRIT : IDENTIFIEZ-VOUS

 

SUJET : Montherlant, La Reine morte, acte III, scène 6 | Commentaires composés | Montherlant | Théâtre

Commande Suspendue
En raison du grand nombre de demandes, et pour pouvoir les traiter au mieux, le site est fermé.

Fiche
Méthodologie
Méthodologie
Oral
Retour
liste
Commentaires composés | Montherlant | Théâtre

Montherlant, La Reine morte, acte III, scène 6

 FERRANTE: Je me suis lamenté tout à l'heure devant vous, comme une bête; j(ai crié comme le vent. Croyez-vous que cela puisse s'accorder avec la foi dans la fonction royale? Pour faire le roi, il faut une foi, du courage et de la force. Le courage, je l'ai. La force, Dieu me la donne. Mais la foi, ni Dieu ni moi ne peuvent me la donner. Je suis prisonnier de ce que j'ai été. Une des dames d'honneur de l'Infant disait devant moi que l'Infante était toujours crucifiée sur elle-même. Moi aussi, dans un autre sens, je suis crucifié sur moi même, sur des devoirs qui pour moi n'ont plus de réalité. Je ne suis plus dans mon armure de fer. Mais où suis-je?

INES: Certes, je vous comprends, Sire, car moi, vous savez, les devoirs d'Etats! Et l'avenir de la chrétienté! La chrétienté est au-dedans de nous. Mais alors, pourquoi reprochez vous à don Pedro une indifférence qui est la vôtre même?

FERRANTE: J'ai atteint l'âge de l'indifférence. Pedro, non. Que faire de sa vie, si on ne s'occupe pas de ces sortes de choses?

INES: Aimer. Moi, je voudrais m'enfoncer au plus profond de l'amour partagé et permis, comme dans une tombe, et que tout cesse, que tout cesse... Mais, si vous ne croyais plus aux affaires du royaume, il y a des actes qu'un roi peut faire pour son peuple, et qui ne sont que de l'homme pour l'homme. Il y a dans votre royaume cette grande misère, cette grande maladie de la faim qui est continuellement à guérir. A Lisbonne, sur le quai de débarquement, j'ai vu les capitaines de votre armée, Seigneur. Ils étaient debout, adossés au mur, ils avaient leurs mains jointes comme dans la prière, et ils suivaient des yeux ceux qui débarquaient, immobiles et sans rien dire. Et leurs mains, en effet, étaient bien jointes pour une prière, car ils demandaient l'aumône. C'étaient vos chefs de guerre, Sire, et leur solde n'était pas payée. Et moi, si j'avais été le Roi, j'aurais voulu aller dénouer leurs mains moi-même et leur dire: "Plus jamais vous n'aurez faim." Et depuis ce jour-là, il me semble que dorénavant j'aurais beau manger et manger à ma guise, j'aurais toujours faim, tant qu'eux ne seront pas rassasiés.

FERRANTE: Aux chefs d'Etat on demande volontiers d'avoir de la charité. Il faudrait aussi en avoir un peu pour eux. Lorsqu'on songe aux tentations du pouvoir absolu, y résister, cela demande le respect. Quant à vos capitaines, si j'étais plus jeune je me dirais qu'il y a une maladie à guérir, bien pire que la faim de leur corps, c'est la maladie de leur âme immortelle, qui sans cesse a faim du péché. Mais à mon âge, on a perdu le goût de s'occuper des autres. Plus rien aujourd'hui qu'un immense: "Que m'importe!" que recouvre pour moi le monde... Je voudrais ne plus m'occuper que de moi-même, à si peu de jour de me montrer devant Dieu; cesser de mentir aux autres, et mériter enfin le respect que l'on me donne, après l'avoir si longtemps usurpé.

L'OMBRE DE L'INFANTE, dans le fond de la salle.: Inès!

INES: Qui m'appelle?

L'OMBRE: Quelqu'un qui te veut du bien. Quitte cette salle immédiatement. N'écoute plus le Roi. Il jette en toi ses secrets désespérés, comme dans une tombe. Ensuite il rabattra sur toi la pierre de la tombe, pour que tu ne parles jamais.

INES: Je ne quitterais pas celui qui m'a dit: "Je suis un roi de douleur." Alors il ne mentait pas. Et je n'ai pas peur de lui.

L'OMBRE: Comme tu aimes ta mort! Comme tu l'auras aimée! Inès, Inès, souviens-toi: les rois ont des lions dans le cœur ... Souviens-toi: la marque de la chaine sur ton cou ...

INES: Oh! je vous reconnais maintenant!

L'OMBRE: Tu ne m'a jamais reconnue. Inès, Inès, aussitôt sur la mer, j'ai trouvé les paroles que j'aurais du te dire pour te convaincre. Déjà toute pleine du large, déjà mon âme, à contre-vent, était rebroussée envers toi. ET tout à l'heure, quand il sera trop tard, je trouverai ce qu'il eût fallu te dire à présent. Ah! il est affreux de ne pas savoir convaincre.

INES: Elle répète toujours le même cri, comme l'oiseau malurus, à la tombée du soir, sur la tristesse des étang.

L'OMBRE: Inès, une dernière fois, éloigne toi. - Non? Tu ne veux pas? Eh bien! toi aussi, à ton tour, tu ne pourras pas convaincre.

Elle disparaît

FERRANTE, le dos tourné aux ombres: Croient-ils que je ne les entend pas, qui chuchotent et s'enfuient? Ils disent que je délire parce que je dis la vérité. Et ils croient qu'ils s'enfuient par peur des représailles, alors qu'ils s'enfuient par peur et horreur de la vérité. Le bruit de la vérité les épouvante comme la crécelle d'un lépreux.

INES: Ô mon Roi, je ne vous abandonnerai pas parce que vous dites la vérité, mais au contraire, moi aussi, je vous dirai enfin la vérité totale, que j'ai un peu retenue jusqu'ici. Ô mon Roi, puisque cette nuit est pleine de grandes choses, qu'enfin je vous en fasse l'aveu: un enfant de votre sang se forme en moi.

FERRANTE: Un enfant! Encore un enfant! Ce ne sera donc jamais fini!

INES: Et que vous importe s'il trouble vos projets, puisque vous venez de crier que vous ne croyez plus à la fonction de roi! C'est ici que nous allons voir si vraiment vous étiez véridique.