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SUJET : Anouilh, Antigone, scène 11 | Commentaires composés | Anouilh | Théâtre

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Commentaires composés | Anouilh | Théâtre

Anouilh, Antigone, scène 11

 Créon et Antigone sont seuls l'un en face de l'autre.

CRÉON 
Avais-tu parlé de ton projet à quelqu'un ?

ANTIGONE 
Non.

CRÉON 
As-tu rencontré quelqu'un sur ta route ?

ANTIGONE 
Non, personne.

CRÉON 
Tu es bien sûre ?

ANTIGONE 
Oui.

CRÉON 
Alors, écoute : tu vas rentrer chez toi, te coucher, dire que tu es malade, que tu n'es pas sortie depuis hier. Ta nourrice dira comme toi. Je ferai disparaître ces trois hommes.

ANTIGONE 
Pourquoi ? Puisque vous savez bien que je recommencerai.

 

Un silence. Ils se regardent.

 

CRÉON 
Pourquoi as-tu tenté d'enterrer ton frère ?

ANTIGONE 
Je le devais.

CRÉON 
Je l'avais interdit.

ANTIGONE, doucement. 
Je le devais tout de même. Ceux qu'on n'enterre pas errent éternellement sans jamais trouver de repos. Si mon frère vivant était rentré harassé d'une longue chasse, je lui aurais enlevé ses chaussures, je lui aurais fait à manger, je lui aurais préparé son lit... Polynice aujourd'hui a achevé sa chasse. Il rentre à la maison où mon père et ma mère, et Etéocle aussi, l'attendent. Il a droit au repos.

CRÉON 
C'était un révolté et un traître, tu le savais.

ANTIGONE 
C'était mon frère.

CRÉON 
Tu avais entendu proclamer l'édit aux carrefours, tu avais lu l'affiche sur tous les murs de la ville ?

ANTIGONE 
Oui.

CRÉON 
Tu savais le sort qui était promis à celui, quel qu'il soit, qui oserait lui rendre les honneurs funèbres ?

ANTIGONE 
Oui, je le savais.

CRÉON 
Tu as peut-être cru que d'être la fille d'OEdipe, la fille de l'orgueil d'OEdipe, c'était assez pour être au-dessus de la loi.

ANTIGONE 
Non. Je n'ai pas cru cela.

CRÉON 
La loi est d'abord faite pour toi, Antigone, la loi est d'abord faite pour les filles des rois !

ANTIGONE 
Si j'avais été une servante en train de faire sa vaisselle, quand j'ai entendu lire l'édit, j'aurais essuyé l'eau grasse de mes bras et je serais sortie avec mon tablier pour aller enterrer mon frère.

CRÉON 
Ce n'est pas vrai. Si tu avais été une servante, tu n'aurais pas douté que tu allais mourir et tu serais restée à pleurer ton frère chez toi. Seulement tu as pensé que tu étais de race royale, ma nièce et la fiancée de mon fils, et que, quoi qu'il arrive, je n'oserais pas te faire mourir.