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SUJET : Sully Prudhomme, « Les vieilles maisons » | Commentaires composés

Commentaires composés

Sully Prudhomme, « Les vieilles maisons »

                                 1.      Je n’aime pas les maisons neuves :

2.      Leur visage est indifférent ;

3.      Les anciennes ont l’air de veuves

4.      Qui se souviennent en pleurant.

 

5.      Les lézardes de leur vieux plâtre

6.      Semblent les rides d’un vieillard ;

7.      Leurs vitres au reflet verdâtre

8.      Ont comme un triste et bon regard !

 

9.      Leurs portes sont hospitalières,

10.   Car ces barrières ont vieilli ;

11.   Leurs murailles sont familières

12.   À force d’avoir accueilli.

 

13.   Les clés s’y rouillent aux serrures,

14.   Car les coeurs n’ont plus de secrets ;

15.   Le temps y ternit les dorures,

16.   Mais fait ressembler les portraits.

 

17.   Des voix chères dorment en elles,

18.   Et dans les rideaux des grands lits

19.   Un souffle d’âmes paternelles

20.   Remue encor les anciens plis.

 

21.   J’aime les âtres noirs de suie,

22.   D’où l’on entend bruire en l’air

23.   Les hirondelles ou la pluie

24.   Avec le printemps ou l’hiver ;

 

25.   Les escaliers que le pied monte

26.   Par des degrés larges et bas

27.   Dont il connaît si bien le compte,

28.   Les ayant creusés de ses pas ;

 

29.   Le toit dont fléchissent les pentes ;

30.   Le grenier aux ais vermoulus,

31.   Qui fait rêver sous ses charpentes

32.   À des forêts qui ne sont plus.

 

33.   J’aime surtout, dans la grand’salle

34.   Où la famille a son foyer,

35.   La poutre unique, transversale,

36.   Portant le logis tout entier ;

 

37.   Immobile et laborieuse,

38.   Elle soutient comme autrefois

39.   La race inquiète et rieuse

40.   Qui se fie encore à son bois.

 

41.   Elle ne rompt pas sous la charge,

42.   Bien que déjà ses flancs ouverts

43.   Sentent leur blessure plus large

44.   Et soient tout criblés par les vers ;

 

45.   Par une force qu’on ignore

46.   Rassemblant ses derniers morceaux,

47.   Le chêne au grand coeur tient encore

48.   Sous la cadence des berceaux.

 

49.   Mais les enfants croissent en âge,

50.   Déjà la poutre plie un peu ;

51.   Elle cédera davantage ;

52.   Les ingrats la mettront au feu ...

 

53.   Et, quand ils l’auront consumée,

54.   Le souvenir de son bienfait

55.   S’envolera dans sa fumée.

56.   Elle aura péri tout à fait,

 

57.   Dans ses restes de toutes sortes

58.   Éparses sous mille autres noms ;

59.   Bien morte, car les choses mortes

60.   Ne laissent pas de rejetons.

 

61.   Comme les servantes usées

62.   S’éteignent dans l’isolement,

63.   Les choses tombent méprisées,

64.   Et finissent entièrement.

 

65.   C’est pourquoi, lorsqu’on livre aux flammes

66.   Les débris des vieilles maisons,

67.   Le rêveur sent brûler des âmes

68.   Dans les bleus éclairs des tisons.

 

 

Extrait du corrigé :

Sully Prudhomme : poète du XIXe siècle, qui appartient au Parnasse.

Parnasse :

Mouvement poétique né dans la 2nde moitié du XIXe siècle en réaction contre la poésie romantique.

Souci d'impersonnalité qui refuse les facilités du lyrisme.

Poésie qui se veut gratuite, théorie de l’art pour l’art.

Poètes qui recherchent la perfection de la forme. Cf. Leurs métaphores, empruntées au domaine de la sculpture, => prônent le travail poétique, résolument asservi au culte d'une forme parfaite. Importance du Beau.

 

 

« Les Vieilles maisons » poème publié dans le recueil Les Solitudes (1867). Composé de 17 quatrains