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SUJET : Alexandre Dumas, Kean, acte III, scène 12 | Commentaires composés | Dumas | Théâtre

Commentaires composés | Dumas | Théâtre

Alexandre Dumas, Kean, acte III, scène 12

 Alexandre Dumas, Kean, acte III, scène 12.

 

ANNA. – Je ne désirais rien, je n’espérais rien, je n’aimais rien. Mon tuteur avait consulté les médecins les plus habiles de Londres, et ils nous avaient dit que le mal était sans remède, que j’étais attaquée de cette maladie de nos climats contre laquelle toute science échoue. Un seul d’entre eux demanda si, parmi les distractions de ma jeunesse, le spectacle m’avait été accordé. Mon tuteur répondit qu’élevée dans un pensionnat sévère, cet amusement m’avait toujours été interdit… Alors il le lui indiqua comme un dernier espoir… Mon tuteur en fixa l’essai le jour même ; il fit retenir une loge, et m’annonça, après le dîner, que nous passions notre soirée à Drury-Lane ; j’entendis à peine ce qu’il me disait. Je pris son bras lorsqu’il me le demanda, je montai en voiture… et je me laissai conduire comme d’habitude, chargeant en quelque sorte les personnes qui m’accompagnaient de sentir, de penser, de vivre pour moi… J’entrai dans la salle… Mon premier sentiment fut presque douloureux : toutes ces lumières m’éblouirent, cette atmosphère chaude et embaumée m’étouffa… Tout mon sang reflua vers mon cœur et je fus près de défaillir… Mais, en ce moment, je sentis un peu de fraîcheur, on venait de lever le rideau. Je me tournai instinctivement, cherchant de l’air à respirer… C’est alors que j’entendis une voix… oh !… qui vibra jusqu’au fond de mon cœur… Tout mon être tressaillit… Cette voix disait des vers mélodieux comme jamais je n’en avais entendu… des paroles d’amour comme je n’aurais jamais cru que des lèvres humaines pussent en prononcer… Mon âme tout entière passa dans mes yeux et dans mes oreilles… Je restai muette et immobile comme la statue de l’étonnement, je regardai, j’écoutai… On jouait Roméo.

KEAN. – Et qui jouait Roméo ?

ANNA. – La soirée passa comme une seconde, je n’avais point respiré, je n’avais point parlé, je n’avais point applaudi… Je rentrai à l’hôtel de mon tuteur, toujours froide et silencieuse pour tous, mais déjà ranimée et vivante au cœur. Le surlendemain, on me conduisit au More de Venise… j’y vins avec tous mes souvenirs de Roméo… Oh ! mais, cette fois, ce n’était plus la même voix, ce n’était plus le même amour, ce n’était plus le même homme ; mais ce fut toujours le même ravissement… le même bonheur… la même extase… Cependant je pouvais parler déjà, je pouvais dire : « C’est beau !… c’est grand !… c’est sublime ! »

KEAN. – Et qui jouait Othello ?

ANNA. – Le lendemain, ce fut moi qui demandai si nous n’irions point à Drury-Lane. C’était la première fois, depuis un an peut-être, que je manifestais un désir ; vous devinez facilement qu’il fut accompli. Je retournai dans ce palais de féeries et d’enchantements : j’allais y chercher la figure mélancolique et douce de Roméo… le front brûlant et basané du More… j’y trouvai la tête sombre et pâle d’Hamlet… Oh ! cette fois, toutes les sensations amassées depuis trois jours jaillirent à la fois de mon cœur trop plein pour les renfermer… mes mains battirent, ma bouche applaudit… mes larmes coulèrent.

KEAN. – Et qui jouait Hamlet, Anna ?

ANNA. – Roméo m’avait fait connaître l’amour, Othello la jalousie, Hamlet le désespoir… Cette triple initiation compléta mon être… Je languissais sans force, sans désir, sans espoir ; mon sein était vide, mon âme en avait déjà fui, ou n’y était pas encore descendue, l’âme de l’acteur passa dans ma poitrine : je compris que je commençais seulement de ce jour à respirer, à sentir, à vivre !

 

 

Extrait du corrigé :

 

Alexandre Dumas : célèbre écrivain, né en 1802 et mort en 1870.

Auteur de nombreux romans très connus, comme Les Trois Mousquetaires (1844) et Le Comte de Monte-Cristo (1845-1846).

Il est aussi l’auteur de plusieurs pièces de théâtres. 

 

 

Kean, Désordre et génie > pièce de théâtre en cinq actes, créée le 31 août 1836 au théâtre des Variétés.

Cette pièce s’inspire de la vie du comédien britannique Edmund Kean (1787-1833), considéré en son temps comme le « plus grand acteur au monde ».

=> appartient au drame romantique.

 

Acte III, scène 12.

Les deux personnages sur scène :

- Anna Damby > une riche Anglaise.

- Kean > personnage éponyme, l’acteur anglais, célèbre pour ses interprétations de Shakespeare.

 

 

I- La force du théâtre

C’est Anna, qui dans cette scène, a le plus la parole => au théâtre, c’est celui qui parle qui a le pouvoir.

Personnage qui raconte sa découverte du théâtre.

            A- Le théâtre dernier remède

• Anna est passive et déprimée.

• Au début de la scène, elle est passive.

Cf. « Je pris son bras lorsqu’il me le demanda » > agit comme un automate.

 

Cf. «  et je me laissai conduire comme d’habitude, chargeant en quelque sorte les personnes qui m’accompagnaient de sentir, de penser, de vivre » => Anna ne vit pas, elle se laisse porter.