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SUJET : Flaubert, Madame Bovary, II, 12 - Emma ne dormait pas, elle faisait semblant... | Commentaires composés | Flaubert | roman

Commentaires composés | Flaubert | roman

Flaubert, Madame Bovary, II, 12 - Emma ne dormait pas, elle faisait semblant...

 Emma ne dormait pas, elle faisait semblant d'être endormie ; et, tandis qu'il s'assoupissait à ses côtés, elle se réveillait en d'autres rêves.
Au galop de quatre chevaux, elle était emportée depuis huit jours vers un pays nouveau, d'où ils ne reviendraient plus. Ils allaient, ils allaient, les bras enlacés, sans parler. Souvent, du haut d'une montagne, ils apercevaient tout à coup quelque cité splendide avec des dômes, des ponts, des navires, des forêts de citronniers et des cathédrales de marbre blanc, dont les clochers aigus portaient des nids de cigognes. On marchait au pas à cause des grandes dalles, et il y avait par terre des bouquets de fleurs que vous offraient des femmes habillées en corset rouge. On entendait sonner des cloches, hennir des mulets, avec le murmure des guitares et le bruit des fontaines, dont la vapeur s'envolant rafraîchissait des tas de fruits, disposés en pyramides au pied des statues pâles, qui souriaient sous les jets d'eau. Et puis ils arrivaient, un soir, dans un village de pêcheurs, où des filets bruns séchaient au vent, le long de la falaise et des cabanes. C'est là qu'ils s'arrêtaient pour vivre ; ils habiteraient une maison basse à toit plat, ombragée d'un palmier, au fond d'un golfe, au bord de la mer. Ils se promèneraient en gondole, ils se balanceraient en hamac ; et leur existence serait facile et large comme leurs vêtements de soie, toute chaude et étoilée comme les nuits douces qu'ils contempleraient. Cependant, sur l'immensité de cet avenir qu'elle se faisait apparaître, rien de particulier ne surgissait ; les jours, tous magnifiques, se ressemblaient comme des flots ; et cela se balançait à l'horizon infini, harmonieux, bleuâtre et couvert de soleil. Mais l'enfant se mettait à tousser dans son berceau, ou bien Bovary ronflait plus fort, et Emma ne s'endormait que le matin, quand l'aube blanchissait les carreaux et que déjà le petit Justin, sur la place, ouvrait les auvents de la pharmacie.

 

Extrait du corrigé :

 

Gustave Flaubert : écrivain, né à Rouen le 12 décembre 1821 et mort à Canteleu, au hameau de Croisset, le 8 mai 1880.

            Romancier qui a marqué la littérature française, notamment par la profondeur de ses analyses psychologiques, son souci de réalisme, son regard lucide sur les comportements des individus et de la société, et par la force de son style à travers de grands romans comme Madame Bovary ou l'Éducation sentimentale.

 

Madame Bovary : roman paru en 1857, dont le titre original était Madame Bovary, mœurs de province. Œuvre qui fit scandale et qui, la même année que Les Fleurs du Mal, fut portée devant la justice pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». Mais, à la différence du recueil de Baudelaire, le roman de Flaubert fut acquitté.

Œuvre « réaliste » qui raconte la destinée d’Emma, fille de Rouault, un riche fermier et épouse de l’officier de santé Charles Bovary.

 

Passage : deuxième partie, chapitre XII.

 

Opposition entre Charles Bovary qui dort et Emma qui fait semblant de dormir.

Cf. antithèse : « s'assoupissait / se réveillait ».